Poésies completes de Émile de Girardin
Harpe du Roi poète, ô Reine des cantiques, Toi que David baigna de larmes propliétiques, Toi que dans le saint temple il a fait retentir, Toi qui ciiantas son crime avec son repentir , Apprends-moi les accords empreints de son génie. Fais couler sous mes doigts un torrent d'harmonie Révèle ce mallieur de mon âge inconnu , Fais crier les remords dans un cœur ingénu ; Livre-moi les secrets d'une douleur amère; Je re connais encor que les maux de ma mèi e , Dans une sainte erreur mon cœur est demeure; Pour chanter IMagdeleine il faut avoir pleuré
4 l'OKSlES.
Kn ce temps là vivait dans la cité chérie
Une femnie, c'était Magdeleine Marie;
De l'antique Sion , témoin de son bonlieui ,
Elle l'ut à la fois et la honte et l'iionneiir.
Belle comme la gloire, elle en était l'image;
De même on lui rendait un imprudent hommage.
Le soin de sa parure occupait tous ses jours;
Ses vœux étaient de plaire et de plaire toujours.
Dans son cœur inconstant quels yeux auraient pu liie;
Tantôt de la folie elle avait le délire ;
Puis, d'une jeune lille imitant la candeur.
Comme un attrait de plus adoptait la pudeur.
De l'innocence même osait feindre les charmes;
Mais ce cœur ignorait le mensonge des larmes ,
Car il n'est plus d'e.spoir et point de repentir
Pour celle dont les pleurs ont appris à mentir.
O vous dont l'âme triste est pleine de tendres.se, Évitez les regards de cette enchanteresse! Et vous, femmes, fuyez son dangereux séjour; Et toi, qui de l'hymen vois briller le beau jour. Dans la chaîne de fleurs que tes mains ont tressée Hetiens ton jeune époux, ô jeune fiancée! Si tu veux par l'amour le soumettre à tes lois. Fais qu'il n'entende pas sa séduisante voix ! Le sage en la voyant perd son indifférence : De la rendre au devoir il conçoit l'espérance; Car, malgré tous ses toits, sa céleste beauté Donne à son front coupable un air de chasteté. Déjà dans son regard l'avenir se révèle.
MAGDELEliNE, CHANT I.
Ali! bientôt, réclamant sa parure nouvelle, Ce front se cachera sous la cendre du deuil ' ! lis seront passagers, les jours de son orgueil! Mais voyez quel éclat, quelle magnificence. De cette femme impie annoncent la puissance. Admirez ce palais orné de pampres d'or ^ , Et ces vases d'airain plus précieux encor. Ces colonnes de jaspe, et ces flambeaux superbes D'où la flamme s'écliappe en lumineuses gerbes. L'aloès et la myrrhe , aux saints autels ravis , De ce temple profane embaument le parvis; Les tapis de l'Egypte en décorent l'enceinte. Sous un dais recouvert de pourpre et d'hyacinthe Dans la salle de fête nn banquet est dressé. Là , des jeunes flatteurs le cortège empressé Sur les sièges d'ivoire avec ordre se range; Chacun sanime, on rit; l'encens de la louange Autour de Magdeleine exhale ses vapeurs. Elle-même piéside à ces plaisirs trompeurs. Elle .sait d'im sourire encourager la joie ; Par des soins prévenants sa grâce se déploie Le vieil Herbas près d'elle a voulu se placer : Aux rêves du jeune âge il ne peut renoncer. Cette femme à l'œil noir est la belle Aurélie, Cette autre est Salomé, par l'esprit embellie. Plus loin on voit Phares, de la tribu d'Aser,
t. Mœurs des Isriieliles, par l'abbé Fleiiry. 2 Description (lu temple de Jérusalem.
S. Livre d'Esther, festin d'Assuérus.
Et Naclior, siii nommé le Lion du désert. On leconnait Pauliis à sa toge romaine; Le dépit l'éloigna, mais l'espoir le ramène : De l'adorer toujours on avait fait serment.
Mais quel est ce jeune homme au front pâle et charmant ,
Ce convive distrait que la joie importune?
Sa tristesse n'est pas celle de l'infortune :
Il est préoccupé d'un souvenir plus doux
Que tous ces vains plaisirs dont il n'tst point jaloux.
C'est le noble Joseph , natif d'Arimathie ;
Hélas! dans le péché son âme est endurcie;
On ne le voit jamais prier dans le saint lieu ;
Le plaisir est son culte, et l'amour est son dieu.
Jamais il n'accorda le paidon d'une offense,
Mais un tendre soupir le trouvait sans défense.
Ses yeux presque fermés étaient doux et moqueurs;
Il savait des discours qui charmaient tous les cœurs,
Il les avait appris dans un monde perfide,
Et pourtant son langage était simple et timide.
Des sages, des enfants il était écouté :
Comment se défier de la timidité!'
Ce jonr-là, soit raison, ou soit par indolence, Auprès de Magdeleine il gardait le silence. Cachant à ses amis ses craintes, ses désirs. Avec indifférence il voyait leurs plaisirs; Et lorsque des rivaux la foule adulatrice D'tm regard hienveillant implore le caprice, Lui, parait dédaigner ce trop facile honneur,
MACiDELEllNE, t'IlAlNT I.
Son sourire tialiit un insolent bonheur.
Cependant Magdeleine a lu dans sa pensée ,
De son morne silence elle semble offensée ;
Il le voit, il se lève, et, domptant sa fierté,
Tout à coup fait briller sa tardive gaîté -.
" Donnez , dit-il , la coupe à mes lèvres avides.
» Eh! quoi? les flacons d'or en mes mains restent vides?
" Les plaisirs du festin ont-ils fui les premiers?
» Nos coteaux ne sont-ils généreux qu'en palmiers?
» Ah ! que n'est-il ici ce charpentier prophète
" Qui de l'humble Cana vint partager la fête,
» Et, d'oublier ses maux se faisant un devoir,
» Par un joyeux miracle attesta son pouvoir!
>' Du Ciel ou de l'Enfer quel aimable transfuge !
" C'est un nouveau Noé sans arche et sans déluge;
» C'est un roi travesti pour sauver l'univers ;
>' C'est un ange perdu dans un monde pervers ;
» C'est un dieu qui, forçant sa divine nature,
» Vient des pauvres mortels goûter la nourriture! »
O Jacob! ô David! jours de calamités!
La foule applaudissait à tant d'impiétés! Et le jeune insensé , plein d'une double ivresse , S'enflammant aux regards de sa belle maîtresse, Et vantant par ses vers un trop heureux amour, Riait, parlait, buvait et chantait tour à tour. Puis Joseph dans ses bras serrait la harpe antique; Sainte, elle accompagnait un profane cantique; Tandis qu'autour de lui le vin oriental , Quittant avec fracas la prison de cristal
Où depuis qnitize liivers son doux parfum sommeille, Retombait dans la coupe en cascade vermeille.
Déjà du haut des cieux l'étoile du matin
A fait pâlir l'éclat des flambeaux du festin.
Magdeleine aperçoit leur tremblante lumière.
Du somptueux banquet se levant la première,
« Séparons-nous , dit-elie , il est tard, et j'entends
>< Le concert matinal des oiseaux du printemps.
" Allez, qu'un doux repos à ses lois vous enchaîne;
» Adieu, nous nous verrons à la fête prochaine.
» — A demain, dit Joseph en lui baisant la main. »
Kt la troupe joyeuse a répété : « Demain ! »
Les plaisirs ont cessé, l'ivresse dure encore.
Par les chants de la nuit insultant à l'auroro.
Les convives enfin s'éloignent de ces lieux ;
Le pauvre est réveillé par leurs bruyants adieux;
D'un regard indigné le prêtre les contemple.
Et va pour leur salut prier dans le saint Temple.
Villiers-sur-Orge, novembre 1822.
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