S4 l'OliSJES
» Je l'avais dit; Alfred ne te cunvenail point;
» Et nous soniiues d'accord maintenant sur ce point.
» N'y pensons plus!... Enfin , te voilà raisonnable.
" Va, tu ne l'aimais pas... Allons nous mettre à table. »
En causant tous les deux , ils dînèrent gaîment.
Le soir , elle rentra dans son appartement ;
Puis on la vit sourire en taillant une plume;
Mais, triste, elle exhalait ces mots pleins d'amertume :
H 11 a dû recevoir ma lettre ce matin ...
'i Point de réponse!... Un mot eût changé mon destin
>' Hélas! pour s'excuser qu'aurait-il pu me dire?
» Ce soir elle l'attend.... il cède à son empire.
" il est tout au bonheur d'un premier rendez-vous!
» Oh ! que j'aime à troubler ce* souvenir si doux !
•' Oui.... puisque le bonheur ne m'offre plus de chance ,
" Que l'horreur de ma mort, du moins, soit ma vengeance !
" S'il me voyait mourir lentement dans les pleurs,
» 11 s'accoutumerait à mes longues douleurs.
> Les médecins diraient :
Morte de la poitrine , ■ Comme sa mère!
Et lui : Faible, d'humeur chagrine, » Elle ne pouvait pas être heureuse ici-bas !
" Et, tranquille, il lirait le Journal des Débuts; ■> Ou bien il s'en irait , de peur d'être malade , Faire au bois de Boulogne un tour de promcnailc
N aimu.im;, ciivi'iTm- m i,
" An spectacle, il serait, deux jours sans se nionlicr:
On l>ien , ponr se distraire il irait s'enivrer 1...
Mais, s'il me trouve un soir, morte clans sa domcnrc, ' Il faudra bien alors qu'il m'aime et qu'il me pleure'..
Sur sa couche funèbre il me verra toujours;
Je placerai ma tombe entre tous ses amours; » Le cœur, d'un vain regret, d'un remords se déjiage; » Mais les yeux ne sauraient se sauver d'une image, > D'une image de mort qui sans cesse poursuit » Elle combat le jour, et triomphe la nuit; » Elle est là, toujours là... Je connais sa faiblesse; » II m'oublie aujourd'hui, sans crainte il me délaisse; » Mais quand , soudain , nfa mort l'aura glacé d'effroi , ■ Il ne m'oubliera pas... il sera tout à irft)i ! . " Morte, je régnerai sur son âme oppressée: » Mon souvenir constant nourrira sa pensée '> Ah ! la douleur s'éteint; mais, chez les gens d'esprit, i> L'imagination jamais ne se guérit.
» Son cœur est sec et froid , mais sa tête est brillante. »
En se parlant ainsi, Napoline, tremblante.
Agitée, écrivait... hélas! son dernier vœu.
Sur le papier tombaient des pleurs, des pleurs de feu.
Et l'on voyait passer sur son jeune visage
Tontes les passions, l'orgueil, l'amour, la rage;
La colère du cœur, si noble en ses excès....
Puis la douleur revint plus calme après l'accès. Elle essuya ses yeux-, — acheva sa parure, Attacha son manteau, demanda sa voiture; —