‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 33 sur 82 · I.e Retour. — Mlle Delpuine CU · texte numérisé non relu

I.e Retour. — Mlle Delpuine CU

Un homme avait grandi dans une lutte infâme. Il ne possédait rien que l'amour d'une (ennue iMais tous deux bien armés, se tenant par la main , Ils suivaient dans la vie un périlleux chemin. En célébrant l'honneur d'une patrie aimée Elle s'était acquis un peu de renommée; Et le doux nom de 1^'rance, effroi de l'univers, D'un reflet glorieux avait paré ses vers. Elle avait de ces cu'urs que séduit le courage, lUle avait de ces voix que fait chanter l'orage ; Il était sans paients, sans nom et sans appui. Il était seul et fier, elle courut à lui.

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C'est alors qu'il rêva la fortune pour elle; Mais à ses vœux ardents la fortune rebelle . D'un cliimérique espoir le berçant chaque jour , Le cherchait, le flattait, le fuyait tour à tour. Pour l'or qu'on leur suppose au mépris on les livre. Et tous deux en s'aidant ils travaillent pour vivre; Et le travail fleurit leur modeste maison , Et la muse a brisé sa lyre par raison.

Mais lui , que de courage! et que de fois l'aurore Sur sa table courbé le retrouvait encore ! Il appelait ennuis ce qu'on nomme loisirs; Car le travail était le seul de ses plaisirs. Nourri dans le silence et dans l'inquiétude, Comme sa seule mère il chérissait l'étude. S'il aimait à soumettre un cheval indompté, C'était là son repos et non sa vanité; Mais il fuyait le monde, et sa «rave parole Se pliait avec peine au langage frivole. Aux fêtes de la cour on ne le voyait pas : 11 n'allait chez le roi que les jours d'attentats, Que les jours où la mort menaçait sa personne, Que les jours où l'orgueil menaçait sa couronne. Il ne l'encensait point par de flatteurs discours, Et, sans lui rendre hommage, il lui portait secours.

.leune , traînant le poids d'une pensée amère ,

Au malheur préparé par l'oubli d'une mère.

Comme tous les grands cœurs, nés pour les grands combats,

11 a des ennemis, mieux encor, des ingrats. Mais ce destin n'a rien dont sa raison s'étonne; îl le sait , la pitié jamais ne se pardonne ; On a pour ennemis tous ceux qu'on a sauvés, Qu'on a tus dans la poudre et qu'on a relevés. Un bienfaiteur, ce n'est pour l'ingrat tributaire Qu'un souvenir de honte , un témoin de misère.

]1 savait ce secret, et deux fois généreux. Il aimait ses ingrats, et les voulait heureux. Leur fortune prédite et leur gloire rêvée Lui semblaient le succès de son œuvre achevée. Tant de jeunes talents lui doivent leur essor! Tant d'avares brillants lui doivent leur trésor! Il luttait cependant -. c'était un beau spectacle Que de le voir combattre, et d'obstacle en obstacle toujours calomnié, touj(}urs j)ersécuté.

Jamais, jamais compris et jamais assisté , A travers les dangers d'une triple vengeance Grandir par le courage et par l'intelligence.

Mais son plus vif chagrin, hélas! c'était de voir Son pays se courber sous im honteux pouvoir; De voir ce peuple fier, vainqueur du despotisme, Déposer ses drapeaux aux pieds du joiuiialisme; De voir de vieux soldats, aux honneuis parvenus, Redouter les arrêts de poltrons inconnus; De voir de grands iienseiirs abaisser leur génie Devant des ignorants, marchands de calomnie! D'entendre des niais avec des calembo\irs

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Contre la monarchie ameuter les faiihourgs; Et des preux de théâtre, adorateurs de filles, Flétrir d'un sobriquet la pudeur des familles.

Semblable à ces héros que la table a chantés ,

Il jura d'étiiulTer l'hydre d'iniquités.

Le gardien imposteur qui, dans son antre immonde.

Cachait la vérité pour asservir le monde.

Des armes, dans la lutte, il n'avait pas le choix.

C'est au cœur qu'il fallait blesser l'hydre aux cent voix ;

11 fallait s'abaisser à vaincre par la ruse;

Ce fut un grand malheur que le martyre excuse.

Il parvint dans son antre en imitant ses cris ,

Il plongea le regard dans ses secrets surpris.

Il vit le feu sanglant où son brandon s'allume ;

11 vit de quel poison se noircit son écume.

Terrible , il a frappé le monstre épouvanté ;

L'hydre rugit encor ... mais le coup a porté.

Et de son dévoûment le sauveur est victime! D'un si rare courage on a su faire un crime ! Les courtisans du monstre ont proscrit le héros, De flatteurs qu'ils étaient ils se sont faits bouireaux ! Lâches, ils l'ont touché dans sa seule faiblesse, Dans le seul souvenir dont la douleur le blesse. Leur jugement inique, a la haine vendu, A chercbé le passé dans un berceau perdu; Ah ! l'homme de courage est facile à confondre. Quand la loi de l'honneur lui défend de répondre ! Us ont dans leur vengeance osé l'interroger!...

Et comme il se taisait, ils l'ont dit étranger. Car ce hardi lutteur que rieii ne peut abattre, Dont les jours orageux se passent à combattre , Au seul mot de parents, ninet et consterné, Pleure comme un enfant.... hélas! abandonné.

Et ce noble orphelin, ils l'ont osé proscrire;

Leur injuste sentence, ils ont osé récrire!

Honteux d'avoir frappé cet homme dans la nuit ,

De leur laide victoire ils étouffent le bruit ;

Mais c'est en vain! son nom qui leur devra la gloire

Par la proscription vient d'entrer dans l'histoire;

Il datera le jour de leur règne insensé.

On dira : C'est par lui qu'ils avaient commencé!

Et cet homme chassé de son pays , peut-être

En le sauvant un jour s'en fera reconnaître!

Vous , qui de ce pays pour son honneur vanté Gardez encor au cœur la sainte loyauté , Rappelez-vous les droits de la sibylle antique. La muse tient des dieux l'instinct patriotique: Elle .sait exjdiquer le livre des destins Et ravir à l'oubli les souvenirs lointains. Elle sait deviner d'une oreille aguerrie Au seul accent du cour le nom de la patrie! Ah! croyez-en la voix qui s'éveille aujourd'hui, Croyez-en cet amour qui témoigne pour lui , Et dans sa pureté trouve tant d'assurance : Il e.st né parmi vous, il est fils de la France. Celle ((ui défendit le règne de la loi,

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Qui ne llatta jamais le peuple ni le roi , Qui de son beau pays taisant sa seule idole Le célébrait encore aux pieds du Capitole ; Qui, le front couronné d'un funèbre laurier, Garde dans sou tombeau votre orateur gueriier ' ; Celle qui préféra l'humble toit de sa mère Au dôme d'un palais sur la terre étrangère ; Qui pleura vos malheurs, qui cliaiita vos succès, Ne l'aurait point choisi, s'il n'était pas Français.

I. Le portrait de l'auleurde ces vers est sculple par M. David sur l,i tomlic du jiéneral Foy.

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