‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 35 sur 82 · A MA MERE · texte numérisé non relu

A MA MERE

Mon songe est effacé le suis seule; dis-moi,

Celui qui doit me plaire est-il connu de toi ? Viendra-t-il , devinant le rêve qu'il m'inspire. Sur un cœur qui l'attend réclamer son empire ? A ma jeunesse enfin servira-t-il d'appui? Ah! si le ciel un jour devait m'unir à lui !.. Mais non , éloignez-vous , séduisante chimère ; En troublant mon rej)os vous offensez ma mère , Tant qu'elle m'aimera, qu'aurai-je à désirer ? Rieu... un si i>rand Itonheiu' me détend d'espérer!

LA NOCE 1) ELVIKK.

" Jeune fille , où vas-tu si tard ?

■ D'où vient qu'à travers la vallée

" Tu portes tes pas au hasard ?

Pourquoi les égarer dans cette sombre allée 1' Les beigers dès long-temps ont rentré les troupeaux L'horloge va sonner l'heure de la prière , Et déjà , pour goûter les douceurs du repos , " Le laboureur a rejoint sa ciiaumière;

» Et pourquoi fuis-tu le hameau ?

— Quoi ! vous n'entendez pas le son du clialunieaui' Us sont heureux là-bas, et voici la cha|)ell(' Où ce matin El vire a reçu ses serments

LA iXOCI-: D'KLViniv ■);};)

J'étais là. . je l'ai vue... 0 douloureux moments ! i Comme il la regardait !.. Hélas 1 elle est si belle !... Je l'étais autrefois , du luoins il le disait ; Mon regard, nioii lani^age, en moi tout lui plaisait. Pour une autre aujourd'hui l'infidèle soupire; >' Ce n'est plus moi qui lais battre son cœur, » Il ne voit, n'entend plus qu'Elvire; l'ourrai-je sans mourir contempler leur bonheur!

Laisse une infortunée à sa douleur en proie ; Va trouver les vieillards rassemblés sous l'ormeau ; Mais d'un aussi beau jour ne trouble pas la joie ; Ne dis pas que je pleure aux filles du hameau. » Tu les verras courir sur la montagne, » £t , se livrant à mille jeux , » Célébrer par leurs chants joyeux, " L'hymen de leur jeune compagne Parmi les doux objets qui happeront tes yeux Tu la reconnaîtras à sa blanche parure , « A son bouquet, sa blonde clievelure, >' Aux ornements que ma main a tissus, " A la croix d'or, à la riche ceinture

" Que de l'ingrat elle a reçus.

» Comme un beau lis tu la verras paraître ; VA les boutons tremblants des lleuis de l'oranger, » Qui retiennent les plis de son voile léger, » Te la feront encor mieux reconnaître.

>' Pour la parer en ce jour solennel , Moi-même sur son front j'altachai sa guirlande;

'< Des époux j'ai suivi les pas jusqu'à l'autel ;

>' J'ai mêlé mon tribut à leuc pieuse offrande :

" C'est alors qu'il m'a vue... O trop flatteuse erreur!

" Un seul instant j'ai cru revivre dans son cœur : » Il a pâli.... Mais un regard d'Elvire

» Sur sa bouche a bientôt rappelé le sourire.

" Ce moment pour jamais a fixé mon destin.

» Adieu; sur mes malheurs, bon vieillard, prends courage; " Dans peu les cloches du village » De mes maux t'apprendront la fin. »

Elle dit; et l'écho fidèle

Répéta ses tristes accents.

Un mois après, vers la chapelle

Dirigeant ses pas languissants.

Le vieillard aperçut une tombe nouvelle. " Grand Dieu ! s'écria-t-il , ta bonté paternelle >' A pris pitié d'un sort si rigoureux ! »

Elle n'est plus.... Pourtant, à la même lieure,

L'éciio de la sainte demeure, Répète encor des accents douloureux ; Mais la voix a changé.... C'est Elvire qui pleure.

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