A MADAME RECAMIER
Quel bonheur d'être belle, alois qu'on est aimée! Autrefois de mes yeux je n'étais pas cliarmée; Je les croyais sans feu , sans douceur, sans regard ; Je me trouvais jolie un moment par hasard. Maintenant ma beauté me paraît admirable. Je m'aime de lui plaire, et je me crois aimable... Il le dit si souvent ! Je l'aime, et quand je voi Ses yeux , avec plaisir, se reposer sur moi. Au sentiment d'orgueil je ne suis point rebelle. Je bénis mes parents de m'avoir fait si belle ! Et je rends grâce à Dieu , dont rin,signe bonté Me fit le cœur aimant pour sentii- ma beauté.
Mais.... pourquoi dans mon cœur ces subites alarmes?... Si notre amour tous deux nous trompait sur mes diarmes; Si j étais laide enfin ? Non..., il s'y connaît mieux : D'ailleurs pour m'admirer je ne veux que ses yeux ! Ainsi de mon bonheur jouissons sans mélange; Oui, je veux lui paraître aussi belle qu'un ange. Appiètons mes bijoux, ma guirlande de Heurs, Mes gazes, mes lubans, et, parmi ces couleurs, Choisissons avec art celle dont la nuance Doit avec plus de goût, avec plus d'élégance. Rehausser de mon front l'éclatante blancheur, Sans pourtant de mon teint balancer la fraîcheur. Mais je ne trouve plus la fleur qu'il m'a donnée; La voici : hâtons-nous, l'heure est déjà sonnée, Bientôt il va venir! bientôt il va me voir! Comme , en me regardant , il sera beau ce soir : Le voilà ! je l'entends, c'est sa voix amoureuse ! Quel bonheur d'être belle ! Oh ! que je suis heureuse :
TP.ADl CTION IJTTKKALK
LA FABLK RUSSE.
LK LOUP ET LE LOI VETEAl .
Un loup s'occupait de l'éducation de son fils; il lui enseignait soigneusement sa profession. Un jour il l'envoya dans la camjjagne à la découverte, lui enjoignant de bien observer les troupeaux, et de revenir lui rendre compte s'il en rencontrait un qui pût lui offrir une proie facile. L'élève bientôt revint trouver son maître. « Viens, lui dit-il , sans
" perdre de temps ; là sous la montagne paissent des brebis » l'une plus grasse que l'autre. Nous n'avons qu'à choisir; » le troupeau est innombrable. — Attends un peu, répondit
' le loup; il est prudent, avant de nous mettre en cam- ■' pagne, de connaître quel est le pasteur. — On le dit vigi-
> lant et soigneux , reprit le jeune loup ; cependant j'ai fait " le tour du troupeau, j'ai observé les chiens : ils m'ont paru " maigres, doux et peu actifs. ~ Ce rapport ne me rassure
» pas trop, interrompit le vieux loup; si elTectivemeiit le » berger est vigilant, il n'emploiera pas des chiens médio- » cres. Ainsi renonçons à ce troupeau. Je vais te mener à un )' autre, auprès duquel nous serons plus surs de notre pioie -. » il est entouré d'un giand nombre de chiens; mais le ber- » ger est un imbécile, et un sot beiger n'emploiera jamais » que de sots chiens. »
Tel maître, tels valets.