‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 37 sur 82 · LE LOUP II LE LOUVETEAU · texte numérisé non relu

LE LOUP II LE LOUVETEAU

Un soir, il m'en souvient, j'errais sous la leuillée; J'écoutais d'un troupeau le bêlement lointain , Et de l'orage du matin

L'herbe fleurie était encor mouillée.

Dans la forêt j'<'ntendis tout à couj)

Une lugubre voix; c'était celle d'un louj).

A son élève il parlait de la sorte ;

Car ce vieux loup était sage, prudent.

Et même un peu pédant :

" — Mon (ils, lui disait-il, avant tout il importe ' D'examiner ici les rapports différents

i. Cfllf fable fait parlie ilu recULil do fables ni^sts \mh\u- par M. le (oailc Orloff.

» Qui peuvent exister entre la nouri iture , » Les costumes, les mœurs et la magistratuio » Des moutons dévorés et des loups dévorants. » Déjà nous connaissons , grâce à l'arithmétique , » Le nombre des agneaux , » l^es brebis , des chevreaux » Que nous avons croqués par ordre alphabétique ;

>' Maintenant il nous faut songer

» A démêler avec adresse

» La politique du berger.

» Ainsi donc, partez, le temps presse;

» Vous savez mes desseins secrets :

» Allez, et secondez nos communs intérêts. »

Alors le jeune loup obéit à son maître ,

Tl part. L'instant d'après je le vis reparaître :

— Venez, s'écriait-il, venez, ils dorment tous. Jamais vous ne verrez une plus belle proie : C'est un festin royal que le ciel nous envoie.

— Bon, dit l'autre, et les chiens, ami, qu'en pensez-vousi'

— Les chiens ? ils sont chétifs et de peu d'apparence ; Ils ne m'ont point senti, je leur crois mauvais nez.

Le parc n'est pas très-haut, nous sauterons, venez. » — Et le pasteur? — Oh ! quelle différence ! " Chacun prétend qu'au milieu des dangers » Il conduit ses moutons en maréchal de France : » C'est le Turenne des bergers.

» — S'il est ainsi, changeons de batterie, » Kt pour un coup plus sftr réservons nos moyens ; " Croyez qu'un bon berger a toujours de bons chiens.

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» Je sais sur la montagne une autre bergerie, » Dont les chiens gros et gras ' Font jjeaucoup d'embarras ; " Mais je crains peu leur humeur difficile. i> Sans doute ils n'ont point de talent , » Car ici leur maître indolent M Passe pour être un imbécile »

De connaître les grands si vous êtes jaloux , Mettez, mon jeune ami, cela sur vos registres . Dans le gouvernement des hommes et des loups , Un sot roi n'a jamais que de mauvais ministres.

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