‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 46 sur 82 · IL M AIMAIT · texte numérisé non relu

IL M AIMAIT

Il m'aimait!... et mon cœur ne l'a point deviné! Et l'espoir à mes pas ne l'a point enchaîné ! Je n'ai point îeconnu l'amour à son silence , Aux feux dont un regard trahit la violence, A ces oublis, ces torts, à cet esprit distrait Qui même au sein du monde est tout à son secret; A ces jaloux dépits qu'un rien calme ou rallume ; A ces mots si flatteui s , dits avec amertume ; A cet effroi charmant qu'il savait m'inspirer ! Enfin sur son amour tout devait m'éclairer, Et son trouble et le mien, et sa yaité factice, Ses soupçons offensants dont j'aimais l'injustice, Sa haine pour les soins que d'autres me rendaient Et sa protection pour ceux qui m'obsédaient.

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Que de l'ois j'ai souffert de cette jalousie !

Lorsque d'un peu d'orgueil je me sentais saisie

An bruit harmonieux de ces flatteurs discours,

Qu'on sait n'être pas vrais, et qui plaisent toujours ;

Lorsqu'au bal j'arrivais élégamment parée,

Il semblait malheureux de me voir admirée.

Et du moindre succès qui pouvait m'éblouii

Son absence aussitôt m'empêchait de jouir.

Mais c'est dans le malheur que l'amour se révèle ;

Et si je m'affligeais d'une triste nouvelle,

Si le sort m'accablait en frappant mes amis.

Je comptais sur des soins qu'il n'avait point promis.

L'infortune, le deuil, les regrets, la souffrance,

Ue le revoir soudain me donnaient l'assurance.

Et je me reprochais d'attcndie sans effroi

Le malheur qui devait le ramener vers moi.

Puis (juand il revenait, par sa vue embellie,'

Quand sa voix triomphait de ma mélancolie ,

Quand chacun partageait ma subite gaîté,

Lui, s'indignait tout bas de ma légiVefé.

Dans le monde on exclut la jeunesse de l'âme :

On veut que la langueur soit l'amour d'une femme ;

On la juge insensible alors qu'elle sourit .

On ne croit pas qu'elle aime en gardant de l'esprit;

Aussi, de ma gaîté soupçonnant l'apparence.

Il prenait mon bonheur pour de l'indifférence.

Sans oser l'avouer, je l'aimais cependant ,

Et j'avais tant souffert la veille en l'allcndanl !

[L M'ALMAIT !

Ah! je n'en puis douter au regret qui m'oppresse; Celui dont la douleur accuse ma tendresse, Celui qui pour me fuir a quitté ce beau lieu Ne serait point parti s'il m'avait dit adieu !

Mais plein de mon image , et s'affligeant de même , Ne peut-il à son tour deviner que je l'aime ? Éclairé comme moi par un doux souvenir, Inspiré par l'espoir, ne peut-ii revenir? Ne puis-je désormais lui consacrer ma vie?... Non.... de le consoler la douceur m'est ravie; Non; en cédant trop tard à .son charme vainquent. J'ai mérité qu'une autre entende mieux son cœur; J'ai mérité qu'il cherdie à m'oublier près d'elle. Peut-être en ce moment, sans plaisir, infidèle, O'un lien sans Itonheur il va subir la loi, Et tout en me pleurant il est peidu pour moi I

Ainsi , las d'espérer, fatigués de s'attendre , Deux êtres, par l'amour destinés à s'entendre. Trouvant enfin l'objet qui peut seul les charmer, Se quittent pour toujours quand ils allaient s'aimer. La gloire et le bonheur, sourds à nos voix plaintives, N'accordent à nos vœux que des faveurs tardives. Ainsi le vieux poète à regret voit fleurir Un laurier qu'à l'amour il ne peut plus oKrir. Après l'orage ainsi s'elfeuilie l'anémone. Quand le soleil venait relever sa couronne. Le matelot périt aux lueurs du fanal Qui .s'allume pour lui sur le rocher natal.

Le guerrier, qui pleurait une gloire flétrie, Tombe dans le combat qui sauve sa patrie. Ainsi se perd la vie en des jours douloureux , Et l'on se sent mourir au moment d'être lieureux

l'iins, mais iS-S.

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LA FOLLK

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