‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 47 sur 82 · DES CHAMPS-ELYSEES · texte numérisé non relu

DES CHAMPS-ELYSEES

Déjà, dans les jardins de la cité joyeuse,

Le soleil , commençant sa marche radieuse ,

Ramenait le printemps, ses brillantes couleurs,

Ses premiers chants d'amour et ses premières fleurs.

A ses nouveaux bienfaits ciiacun rendant liommage.

Allait de nos ormeaux épier le feuillage.

Feignant de se soustraire aux yeux qui les cherchaient .

Sous leur voile léger les femmes se cachaient.

Ici, fendant les airs dans leur course rapide,

Cent chars font admirer le talent qui les guide.

Là , le jeune imprudent , par l'obstacle irrité ,

Soumet avec adresse un coursier indompté.

Mais bientôt, parmi ceux que son péril attire,

11 a vu la beauté dont il chérit l'empire;

•288 l'OKSJES.

Soudain, pour déjouer sa trompeuse froideur, Du coursier hennissant il excite l'ardeur; ïrem])lanle, elle s'arrête, et le danger redouble. Elle ne peut cacher sa pâleur et son trouble.... O bonheur! il surprend un regard inquiet, Un cri s'est échappé du cœur long-temps muet ; Enfin, tout secondant son imprudente ruse, Il obtient par l'effroi l'aveu qu'on lui refu.se!

Insensible à ces jeux, à l'ombre des lilas,

De l'entant de ma sœur je surveillais les pas.

Toute au bel avenir que l'espoir imagine ,

Ma gaité se mêlait à sa joie enfantine;

Sans les avoir compris, j'écoutais ses discours,

Attentive au seul nom qu'il répétait toujours.

On eût dit que , touclié des vœux d'une âme tendre .

11 me parlait d'Alfred pour m'aider à l'attendre.

Tandis que je rêvais à des ])lais:rs si doux , Une femme immobile avait les yeux sur nous; Dès long-temps ses regards m'observaient en silence. Tout en elle annonçait une ancienne opulence : Les lambeaux d'un long voile, autrefois précieux, Dérobaient la pâleur de son front gracieux ; Son beau sein se cachait sous des gazes fanées; De rubis, de saphirs, ses mains étaient ornées ; Et quelipies fleurs paraient ses vêtements de deuil. On lisait dons ses yeux la tristesse et l'orgueil.... Ah! pen^ai-je en voyant sa misère et ses charmes. Pour llctrir tant d'atti.iits (|ii'il a (alhi de larmes:

r,A FOLF.E DKS CHA:MPS-KLYSKES. '.«<)

A ce pénible aspect, le cœur saisi d'efrioi. Je me lève.... Aussitôt elle marche vers moi : Je veux fuir; mais, clieicliant à dissiper ma crainte, Elle me dit ces mots d'une voix presque éteinte :

« Ne hâte point ta marche ! ali ! daigne me parler. » Je ne puis t'offenser, ne crains pas mon délire; ■> Laisse-moi voir tes traits, montre-moi ton sourire ; 1) Il t'aime, et pour lui plaire il faut te ressembler! » Hélas! dans les accès de ma jalouse rage, " J'ai déchiré mon voile et mes brillants atours ; » Mes mains ont tout brisé, hors ce précieux gagé, > Cet anneau, souvenir du plus beau de mes jours! » Au sein de mes transports j'ai su le reconnaître, » La raison, à sa vue, en moi sembla renaître, » Et ma démence enfin n'a respecté que lui. » Mais je veux, comme toi, me parer aujourd'hui. » Oui ! j'aurai ta démarche et tes grâces toucliantes ; '■ Je rirai ... j'apprendrai les airs que tu lui chantes. « J'aurai la même écliarpe , et mes cheveux épars , » Tressés comme les tiens, tromperont ses regards. » J'imiterai ta voix afin qu'il me réponde; " Je veux que malfiré lui son amoui' nous confonde! » Ne me refuse pas, je t'implore!... » — A ces mots, l'ensant que la misère est le plus grand des maux , L'enfant qui me suivait, à cette infortunée, Vint pour donner l'aumône au pauvre destinée; Car le joyeux enfant, qui veut sécher des pleurs, Croit qu'un même secours sert h tous les malheurs.

•;.90 poÉsres.

Mais (le cet liumble don justement ol'fensée :

«Tu ne me comprends pas, répondit l'insensée;

■ Lui , m'insultait aussi par la même pitié .

» Pour calmer les tourments dont j'étais poursuivie,

' il prodigua son or... il parla d'amitié...

» Quand un seul mot d'amour m'aurait rendu la vie I

» Tous me persécutaient dans leur aveuglement.

■> Les cruels ! dans leurs soins plus barbares encore ,

» jNe pouvant expliquer le mal qui me dévore,

» Us ont pris ma douleur pour de l'égarement!...

" Va, lorsque pour une autre il t'aura délaissée,

» Garde-toi de montrer tes pleurs, ton désespoir;

» Ils viendront dans tes yeux épier ta pensée;

» Ah! frémis de tomber vivante eu leur pouvoir!

" Ou bientôt, loin de lui., par son ordre enchaînée,

» Il te faudra subir leurs secours inhumains :

" Au fond d'un noir cachot tu te verras traînée ,

» lit des anneaux de fer déchireront tes mains.

» Alors je t'apprendrai comment, dans le silence,

•• On peut de ses tyrans tromper la vigilance.

» Mais le ciel en courroux à ton cœur agite

» Ne rendra pas le calme avec la liberté.

» En vain ce cœur flétri gardera l'innocence ,

» Chacun dans tes regrets croira voir des remords;

■> La prière sur toi n'aura plus de puissance ;

» En proie aux noirs sou[)çons, aux furieux transports.

" Tu deviendras cruelle en ta douleur amère ;

" Tu verras sans pleurer les larmes de ta mère ;

» Ingrate, quand tes soins devraient la secourir,

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