‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 52 sur 82 · A MADEMOISELLE NATALIE POTOCKA · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE NATALIE POTOCKA

Elle m'est apparue au milieu d'une fête , Comme l'être idéal que cherche le poète , Comme cet ange ami dont on connaît la voix , Et qu'un songe pieux me fit voir autrefois. A son regard céleste , à sa grâce ingénue , A sa douce langueur mes yeux l'ont reconnue Dès lors je pressentis combien j'allais l'aimer. Pour elle un vague effroi vint aussi m'alarmer. » Ah ! pourquoi , m'écriai-je en ma pitié profonde , » Descend-elle des cieux pour habiter ce monde i' » Des maux que sa jeunesse espère en vain braver » Si du moins ma raison pouvait la préserver ! 1) Si ma tendre amitié , mes soins , ma confiance , » Pouvaient à sa candeur servir d'expérience ! »

Ces vœux que je formais , je les vois s'accomplir ; Je vois mes tristes jours par elle s'embellir. Pour ue pas l'affliger des chagrins qu'elle ignore, Au bonheur, aux serments, je feins de croire encore. Mélange séduisant d'enfance et de raison , Ne sachant que les noms d'amour, de trahison , Son àrae , empreinte encor d'une essence divine , Ne veut pas croire au mal que son esprit devine. Je saurai , prolongeant cette trop douce erreur, Des dangers prévenus lui sauver la terreur. Oui ! le noble intérêt que son destin m'inspire Doit sur son jeune cœur m'assurer quelque empire. Cette lyre et ces vers qu'elle daigne envier, J'éprouve un nouveau charme à les lui dédier. De tout ce qui l'émeut mon âme est attendrie. Elle seule est l'objet de ma coquetterie : Lorsque, sur son beau front languissamment penclié, Par la brise du soir un ruban détaché Dérange en la voilant sa blonde chevelure. Quelque chose me gêne et manque à ma parure. Loin d'envier son sort , sa touchante beauté , De ses moindres succès mon orgueil est flatté ; Je les vois, les prédis, je les partage même, Et je me sens rougir si l'on me dit qu'on l'aime. Enfin mon cœur renaît pour mieux guider le sien , Son brillant avenir a remplacé le mien; Et trouvant dans ses vœux une source nouvelle. Mes rêves de bonheur recommencent pour elle.

Itoiiie, 'Si jnin 11 r IXi"

L'UNE ou LAUTRE.

Si tu l'aioies encor, pourquoi troubler ma vie?

Pourquoi jeter l'effroi dans son âme ravie?

Pourquoi ton faible cœur, trop prompt à s'enflauinier.

Vient-il m'offrir des vœux qu'elle doit réclamer?

Pourquoi, me punissant du crime de te plaire,

Exciter contre moi sa jalouse colère?

l"aut-il, déjà tremblante et cruelle à mon tour,

A son juste dépit mesurer ton amour?

Pour croire à tes aveux, pour calmer mes alarmes,

l)ois-je sur mon bonlieur interroger ses larmes?

Ou , sans crainte livrant mes destins à ta foi ,

Pour soumettre ma vie à ta charmante loi ,

Pour être heureuse enfui , me faudra-t-il attendre

Que son cœur, devenu moins crédule et moins tendre.

De ses pieniieis serments cherche à se délier i' Hélas! je sens déjà qu'on ne peut t'oublier; Et si mon sort dépend de son indifférence, Ma faiblesse me dit qu'il n'est plus d'espérance!

Avant de la traliir n'as-tu point combattu?

L'amour a ses devoirs ainsi que la vertu.

Douter de tes remords serait te faire injure ;

Combien tu dois souffrir de ce double parjure !

Quels ennuis sont les tiens quand , prêt à me revoir,

Retenu par sa joie ou par son désespoir,

Aux plus cruels tourments ton absence me livre!

Dans ces brillants salons où le plaisir enivre ,

Dis-moi , l'art de tromper te semble-t-il si doux ,

Lorsque de ma livale oubliant le courroux ,

Et ravi du bonheur qu'en mes yeux tu fais naitre.

Près de nous, tout en pleurs tu la vois apparaître?

Que de fois , t'arrachant à ce nouveau lien ,

Tu blessas mon amour pour ménager le sien !

Et puis tu revenais à l'heure désirée

Me demander pardon de l'avoir rassurée !

Ah! cruel, si ton C(i>ur ne peut m'appartenir.

Épargne les regrets à mon triste avenir.

D'un vain i ayon d'espoir n'éblouis point mon àmc ;

Cache-moi ce sourire et ce regard de flamme.

Dont le pouvoir m'enchaîne et m'attire vers toi ;

Du danger de t'aimer, par pitié, sauve-moi!

ÎNe me dis plus ces mots, ces mots pleins de tendresse

Prononcés en tremblant, jetés avec adresse,

Kt dont le rharmt- , hélas ! se fait encor sentir.

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