‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 62 sur 82 · A M ' LA MARQUISE DE · texte numérisé non relu

A M ' LA MARQUISE DE

En vain vous m'honorez d'un peu de jalousie; Un si ilatteur soupçon , liélas ! ne m'est pas dû ; J'en conviens, dans l'orgueil dont mon âme est saisie, Aux plus hardis succès j'ai souvent prétendu. L'obstacle, les dangers, enflammaient mon audace; J'aurais vu sans effroi le tumulte des camps : Sans effort j'ai gravi des montagnes de glace , Et mes pas ont foulé la cendre des volcans.

J'ai vanté la clémence aux princes de la terre; La crainte d'un dépit ne m'arrêta jamais. Plus courageuse encor, par un conseil austère, J'osai déplaire un jour à celui que j'aimais!

A MADAME LA M AKQI'ISI l)K***

Ma voix, de parjure incapable.

Sut au pouvoir dire la vérité, Et dépeindre un amour coupable En conservant sa pureté.

Aux vertus des méchants j'ai refusé de croire;

A ceux qui la causaient j'ai caclié ma douleur : De ceux que frappait le malbeui Ma lyre osa chanter la gloire I

Par de pieux transports mon génie entraîné Imita du Seigneur la divine parole :

On me reçut poète au pied du Capitole, Où le Tasse fut couronné !..

Et cependant il est des rocs inaccessibles Où mes pas se sont arrêtés, Et des triomphes impossibles Que mon orgueil n'a point tentés.

Ainsi , malgré l'élan de cet orgueil extrême , Jamais je n'ai voulu , défiant l'aigle même , M'élancer avec lui dans resjjace des cieux , Ni marcher sur les flots d'un pas audacieux!. Ni séduire un cœur — qui vous aime!...

l'iins, 1828.

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