‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 70 sur 82 · REPENTIR · texte numérisé non relu

REPENTIR

Dans ma froide raison rempli de confiance, J'avais dit : " Nul amour ne saura m'enflammer ; - Et dès lors j'excellai dans l'aride science De plaire — sans aimer.

Près des femmes mon c(pur sut feindre la tendresse ; Je devins, composant ma voix et mon regard , Jaloux avec fureur, timide avec adresse. Et simple à force d'art.

Mais l'amour peut glacer la voix qui le blasphème. Contre un doute mortel aujourd'hui je combats : J'ai profané l'amour!... et la .seule que j'aime. Hélas ! no mo «init pas I

366 POÉSJES.

Tout lui paraît un jeu; nies soupirs, mon silence : Je prie, — elle se tait; je me plains, — elle rit. Ma colère, à ses yeux , n'est que de l'éloquence ; Mon amour — de l'esprit !

O trop juste supplice ! ô trahison punie !..

Mon cœur désespéré demande chaque jour

Un mot à la douleur, un accent au génie,

Pour attester l'amour.

Mais, hélas! le boniieur s'apprend par l'espérance; L'œil reconnaît de loin un objet souhaité ; Elle ne peut trouver qu'en son indifférence Tant d'incrédulité !

Ah ! si son jeune cœur du mien rêvait l'empire. Elle en croirait mes vo'ux , mon regard, mon accent. Ij'amour cherche l'amour, et, dans ce qu'il ins|)ire, Reconnaît ce qu'il sent.

niPROVISATlON.

l'riez-le bien; faites que l\l. rie I. dise des vers ce soir.

je ciianterai pour lui, puisque ma voix l'inspire; Mais prétendre imiter ses sublimes accords, Sa tristesse rêveuse et ses nobles transports, N'est pas l'ambition où moi^orgueil aspire. Que dirais-je après lui ? — Je retrouve en ses vers Les maux que je prévois et ceux que j'ai soufferts. Sa muse a révélé tous les secrets de l'âme, Les tourments du mortel que le génie enflamme, Les saints [iressentiments des destins à venir, VA d'un bonbeur passé le pesant souvenir.

11 a chanté l'espoir d'un cœur pieux et tendre, Ses troubles, ses langueurs, ses purs ravissements. Hors le charme divin qu'on éprouve à l'entendre , JI a dépeint tous les enchantements.

Mais si de son vol solitaire Nul ne peut imiter l'élan audacieux.

De mes regards le suivant dans les cieux ,

Je puis du moins l'appeler sur la terre.

Ah ! que ma voix attire ses accents, Qu'il cède à ma prière!... et je change de gloire'. . J'abandonne à l'oubli mes accords impuissants,

Et, désormais, libre d'un vain encens. Ses vers seront mes droits au temple de Mémoire, Semblable au doux regard qui précède l'aveu , A la douce lueur qui devance le feu, Au chant de l'alcyon qui promet le rivage , Du bonheur qu'on attend je serai le présage. Heureuse et fière encor si je puis ressembler

A la Sibylle, dont la lyre Exhale un son plaintif sans savoir moduler. Mais dont le solennel délire

Annonce à tous que le Dieu va parler 1 . .

Paris, juin I82!>.

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