‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 11 sur 59 · LA FEMME DU MARCHE · texte numérisé non relu

LA FEMME DU MARCHE

Je viens de chez monsieur le conseiller; tout brille, C'est vrai, chez ces messieurs; pourtant on y sourcille U"ennui tout comme ailleurs; — au poisson! au

poisson ! — Partout, en t'ait (rennui, c"est la même chanson.

A la ville, on dirait que tout est à merveille,

Tant, de ces beaux messieurs, le ton nous émerveille;

Et pourtant bien souvent, — ■ aux poulets! aux

poulets ! — Combien de lourds chagrins dans les plus beaux palais!

Ici Ton ne doit pas être au mieux, je suppose, Pour travailler: chez nous, ma foi, c'est autre chose, On a le soleil, l'air, les fleurs, — au miel ! au miel! — Et les étoiles d'or la nuit tout plein le ciel.

Et dès le point du jour, dans nos ])rés remplis d'herbe Et de parfums si doux, cela devient superbe; Si bien (pie l'on croirait, — aux radis! aux radis! — ■ Si bien que l'on croirait qu'on est en paradis.

Tous les petits oiseaux pensent aussi de même. Car dès l'aurore ils sont dans une joie extrême

Sous les arbres en fleurs; — • aux oignons! aux

oignons! — Comment se plaindre avec de pareils compagnons?

Et Ton ])rend bon courage, et l'on se dit encore : Cest tout de même heureux que Dieu fasse une aurore, Car il pourrait l'omettre, — aux œufs frais! aux

œufs frais! — Sans que nous ayons droit de murmurer après.

Ici que de volets fermés et de fenêtres Dont les rideaux épais se croisent sur leurs maîtres; Ici fout dort encore, — aux citrons! aux citrons! — Tandis que dès longtemps nous autres nous courons.

Ils sentent bien cela, ces gens; à la campagne Aussi pendant Tété, suivis de leur compagne, Viennent -ils s'égayer; • — aux choux blancs! aux

choux blancs! — • Et nos vins durs alois leur semblent excellents.

Ils se donnent, ces gens, des mines d'importance. Et nous tiennent toujours à trois pas de distance; Et cependant mon homme, — au cresson! au cresson ! — Mon homme en vaut bien quatre au moins de leur façon.

S'ils sont riches, pardine! est-ce qu'on le demande? Pour leur argent leur bourse est à peine assez grande. Un kreulzer, j'en suis chiche, — aux cassis! aux

cassis! — • Eux ne parlent que d'or, car ils en sont farcis.

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A lablo. tous les jours, vraiment on les régale A bouche que veux-tu? de plais (|iie rien n'égale, Gibier, poissons, pâtés, — haricots! haricots! — • Leur table est à Tétroit pour tous ces bons fricots.

Et leur babiliement, il faut voir quelle mise!

Comment tant de richesse est-elle donc permise? S'ils voulaient échanger, — au cresson! au cresson! — • Je leur céderais bien mes nippes, sans façon.

Pourtant, quand on n"a pas rame bien satisfaite, A quoi bon tous ces plats et ces habits de fête : Ce n"est pas la richesse, — au cerfeuil! au cerfeuil!— Qui fait faire à la chose un plus riant accueil.

Quand on est pauvre, hélas! du moins on se console En se disant : je n"ai pas peur que Ton me vole; De bien peu vit le pauvre, — - au cumin! au cumin! — Et nous allons pourtant notre petit chemin.

Pensons un peu qu'au bout viendra la fin finale. Après toutes les nuits luit l'aube matinale. Et du ciel Dieu voit tout : — au persil! au persil! — Prenons par la ruelle à droite que voici

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