LA NUIT DU NOUVEL.AN
Ma fille, cherche un bas, et bouche cette vitre,
Que le petit cassa ce matin, le bélître!
Je sens le froid an dos: j"ai trop fait le gaillard.
Hier au soir, j'en conviens, pour un pauvre vieillard;
En tout bien tout honneur, cependant, je le jure;
Mais enfin, quand on veut surprendre, d'aventure,
Le secret des esprits et les bien écouter,
A minuit, dans sa plume on ne peut pas rester.
APauberg-e, en un mot, nous causions bien tranquilles; De l'horlog-e, il semblait alors que les aiguilles S'arrêtaient bravement, afin de retenir Quelques instants encor Tan tout prêt à finir. Peut-être bien aussi n"entendis-je pas l'heure.
— Allons, voisins, il faut regagner sa demeure, Dis-je à la fin, bon soir et bon an pour demain! D'ici chez moi, j'ai certe un bon bout de chemin ! —
— Bon soir, bon an ! répond toute la compagnie, Ne lambine pas trop, comme c'est ta manie, Sans quoi, cette nuit-ci, bientôt tu trouveras
Le grand esprit qui porte un enfant dans ses bras.
Tout postillon, tu sais, cette nuit le redoute,
Et prend par la traverse en lui laissant la route. —
— ■ Moi de même. En effet, aussitôt que je fus
Vis-à-vis, chez Xavier, je restai tout confus.
En voyant tout-à-coup, dans son manteau de brume,
Soigneusement drapé de peur qu'il ne s'enrhume,
Un esprit qui cachait dans ses bras un enfant
Auquel il souriait, tout en le réchauffant;
Auquel il souriait, l'homme au sombre visage,
Comme sourit la lune à travers un nuage.
Je m'approche sans bruit, et je vais me poster
Derrière la fontaine, afin de l'écouter.
Malgré le bruit de l'eau qui babille incessante,
Je l'entends dire enfin d'une voix caressante :
— A ton tour, mon enfant; quant à moi, je m'en vais;
Comme moi, tu feras du bon et du mauvais.
Finis, si tu le peux, mon œuvre abandonnée.
Ils ont fait bel et bien du bon vin cette année;
Si quelques-uns parfois boivent un petit coup,
Pour autant, ne les fais pas se casser le cou.
Avec ces braves gens, use un peu d'indulgence;
Défends les orphelins, protège l'indigence.
Dans son pays prépare aussi joie et bonheur.
Au troupier qui revient avec la croix d'honneur;
Ne fais pas peur aux gens, non plus, de la comète;
Sur ta poitrine enfin tâche qu'un jour on mette
Un ruban rouge et vert pareil à celui-ci.
Il n'est au monde rien qui nous relève ainsi.
Le rouge c'est la joie, et le vert l'espérance.
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Mais minuit n'esl pas loin, selon toute apparence, Car déjà l'on entend l'horiog-e bourdonner... Adieu! force m'est bien d'ici t'abandonner: Car au vent de la nuit je sens que je m'enroue... Conserve toujours bien nos princes à Carisruhe, Ainsi que ces messieurs de Fribourg- en Brisgau... — Oui, répondait l'enfant, quand au bruit de l'écho Qui répétait minuit sonnant dans la vallée. L'esprit dans son brouillard reprenant sa volée, Sembla s'évanouir sur le Rhin... tout là-bas!...
Mais toi, je t'avais dit d'aller chercher un bas, Et tu m'écoutes là. sans voir ce que j'endure, A sentir sur mon dos souffler cette froidure; Ce vent glacé pourrait bien m'ètre meurtrier; Dis-moi quand tu verras passer le vitrier.