F. BOVET
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MITICE BlOfiRAPHlOlE
Jean-Pierre Hébel naquit à Bâie, le 10 mai 1760. Poussé par le besoin de s'instruire et de voir du pays, son père, originaire du Paialinat, avait quitté de bonne heure son endroit natal, comme compagnon tisserand. Arrivé à Bàle, il devint domestique du major Iselin, qui faisait partie des régiments suisses au service de France, et suivit la bannière fédérale en Flandres, en Corse et dans les Pays-Bas.
Dans l'intervalle de ces campagnes, le major et son domestique revenaient à Bàle. C'est alors que celui-ci fit la connaissance de sa future épouse, qui était native de Hausen dans la vallée de la Wiese, et qui servait dans la maison Iselin comme domestique. En 1757 eut lieu l'union des deux époux. Us allèrent alors s'établir à Hausen, où le mari reprit son métier de tisserand pendant Thiver. Au printemps, les deux époux retournaient à Bàle, où ils trouvaient à travailler dans la maison et dans les jardins de leurs anciens maîtres. C'est donc aussi dans cette maison que naquit notre poète.
En ces allées et venues fréquentes de Bàle à Hausen et de Hausen à Bàle, se résume toute sa première enfance. Cette charmante contrée porte le nom d'Oberland badois. Ses populations au costume éclatant et au gracieux langage, se distinguaient alors par la plus cordiale bonhomie. Confinée d'un côté par le Rhin, et de l'autre par les hauteurs boisées de la Forêt-Noire, cette contrée n'offre partout que des champs fertiles et d'abondants vignobles, à mesure qu'on s'avance vers le fleuve. Des mines de fer, exploitées par les hauts fourneaux de Kandern et de Hausen,
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001111)1010111 ses rioliosscs. L'auoion ohàteau ilc Rœttelii, avco ses ^n-aiides ruines de jiierre rouge, domine enoore aujourd'hui toute la vallée de la Wiese qui ooule à ses pieds.
— A Tàge de 22 semaines, dit son minutieux biograiihe d'après des notes iiaternelles, le petit Jean-Pierre fit ses premières dents ; à neuf mois, il mangeait déjà tout seul, et faisait résonner son sifflet de bois. — Bientôt pourtant son père mourut. Ce malheur, et les souois nouveaux qu'il entraînait pour elle, augmentèrent encore la pieuse gravité du caraotère de la veuve. Elle en eut besoin, pour tenir en bride l'humeur turbulente de son lils*, qui se sentit bientôt un goût des plus vifs pour les cerises, les prunes et les poires de son prochain. Bien des années après, le docteur Gall visitant dans une société la tète de Hébel, y découvrit une bosse énorme qu'il hésitait à qualifier en public. — C'est la bosse du vol, s'écria joyeusement le poète, et il se mit à raconter à l'appui de la donnée phrénologique, tous les traits de maraudage dont il s'était rendu coupable j)endant son enfance, et ses fréquents démêlés avec les gardes-champêtres .
Grâce à la surveillance de sa mère, ces incar-
lades ne tournèrent cependant pas trop à mal. A six ans, on le mit à l'école de Hausen, où son plus grand plaisir était de dessiner au charbon, sur la porte neuve de la chambre, le nez prodigieux du maître.
De là, quand il sut lire et écrire, il passa à l'école de Schopfheim, la petite ville voisine. Dans tous les instants que n'absorbait pas l'école, il était obligé de venir par son travail en aide à sa pauvre mère. En hiver, il allait ramasser du bois dans la foret, ou bien il gagnait quelque argent en cassant du minerai pour le haut fourneau. A cette époque, il marchait toujours nu-pieds. C'est ce qui lui valut plus tard, disait-il, de ne ressentir jamais aux pieds ni froid, ni humidité. Il atteignit ainsi l'àge de douze ans; ses heureuses dispositions commençaient à se faire jour, et déjà il se prenait à rêver pour l'avenir la vie paisible de pasteur de campagne. Vers ce temps, sa mère tomba malade à Bàle, où elle se trouvait. Elle voulut regagner son village, et mourut en route, dans les bras de son fils, sur la voiture qui la ramenait.
Hébel citait plus tard comme un trait de sa légèreté d'alors, l'impatience qu'il avait éprouvée
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en co moiiiciit, nialprré sa douleur, tle voir réloiineiuenl dos gcus de son village à l'aspect de ce cadavre. A défaut d"iiiii)orlant héritage, la bonne femme lui laissait au moins des amis. L'un d'entre eux, qui se trouvait alors diacre de la cour, et qui avait remarqué depuis longtenq)S ses dispositions, le prit chez lui, à Carlsruhe, pour qu'il y continuât ses études; et fit, alternativement avec un collègue, les frais de son entretien alimentaire. A treize ans, il partit pour l'université d'Erlangen, où devaient commencer bientôt ses études ecclésiastiques. Sa mauvaise tète, qui avait failli lui faire perdre tout récemment les bonnes grâces de son protecteur, lui valut ici, au bout de quel- (|ue tem|)s, un duel. Il avoua franchement, depuis, ne s'être jias senti pris sur le terrain d'une ardeur bien belliqueuse. II en fut quitte pour une légère l)lessure au bras.
A la fin de ses études, son premier examen ne fut pas heureux. II fallut le recommencer.
En 1780 , il re(,ut i)0urtant les ordres et fut placé connue vicaire au village d'Hertingen. De là il passa comme régent à l'école de Lœrrach, avec le titre de vicaire préceptoral et 700 fr. d'appointements. Il y resta onze ans, obligé de suppléer
à l'exiguité de son traitement, au moyen du peu qui lui restait de son patrimoine. A Lœrrach, il trouva des amis, avec lesquels il resta toujours lié. Là aussi la fille de son hôte, prorecteur de l'école, fit sur lui une vive impression ; mais sa pauvreté et sa santé, mauvaise alors, furent considérées par lui comme une double raison de ne se marier jamais. Plus tard, il regretta cependant de ne l'avoir pas fait. En 1791, son mérite et ses services ayant enfin été appréciés en haut lieu, il fut, quoique simple sous-diacre, appelé comme professeur au gymnase de Carlsruhe. Il devint bientôt après diacre de la cour, et joignit à son cours de langue hébraïque un cours de dogmatique.
C'est là qu'il écrivit, dans le dialecte de sa contrée natale, ces charmunlcs poésies allémaniques que s'assimilèrent avec tant de joie toutes les populations de la Forèt-Noire, et qui n'avaient primitivement pas d'autre but que de le consoler de l'éloignement de son village (0-
(I) Hi'bel a pour confrères plus ou moins lirureuv dans la poésie populaire allemande: Lsteri à Ziirieh, kuhn à Berne, (irubei à .Nuremberg, Kobbel en Bavière, Qnickborn à kiel, Sailir et \\ litzniann en Souabe , SeidI et Castelli en Autriche, etc. Dans un ordre didèes analogues, le roman villageois est représente en Allemagne par les Scènes \illageoises de la Borèt->oire d'.Auerbach, que nous sommes en train de traduire au complet, p!>r les Nouvelles Alsaciennes de NVeill, par les Nouvelles Juives de Kompert , par les Nouvelles de la Foret de Bohème de Kank , et enfin par les Nouvelles Bernoises de Gotthcif, dont nous préparons aussi un volume.
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— Il faut (|iie j'aille revoir mon Oberland, écrivait-il un jour, il faut que j'aille boire de l'eau de la Wiese et visiter les esj)rits du château de Rietleln, si je ne veux devenir tout-à-fait stnjjide...
Les poésies allémaniques avaient été imprimées pour la première fois en 1802, et par souscription. Les succès de lléhel, connue professeur et connue poète, le firent nonuner conseiller ecclésiastique en 1805, et en 1808, directeur du gymnase.
En 1809, une actrice de talent, nommée M™^ Hendel, donna à Carlsrulie plusieurs représentations, en récitant dans les entr'actes quelques morceaux de lléhel. .Malgré son titre de conseiller ecclésiastique et ses 49 ans, le poète fut tellement épris du mérite et des grâces de l'actrice, qu'il ne cessait de la vanter à ses amis, d'un ton d'émotion souriante et pure, comme tout ce qui émanait de son âme virginale.
— Pendant (piatre semaines qu'a passées icIM""® Hendel, écrivait-il alors, j'ai vécu dans un tel tourbillon de merveilles azurées et de flâneries esth(''ti([ues, que je ne pouvais écrire. En sus de ses représentations mimiques, elle a donné Médée (nous savons ça) , Jeanne d'Arc, Orsina dans Emilia Galolti, deux fois la Phèdre de Schiller, et
une (léclaintition académique. 3Iais la manière ! Souvent il me semblait, en la voyant dans toute la gloire de son art et de son génie, que je me trouvais en rapport avec un être surhumain, et que cela finirait mal.
Lundi, cela se réalisa jnesque. Elle déclama ce jour-là au théâtre, deux fois de suite, Jean et Véronique^ avec un succès énorme. C'était bon. D'après le progrannne, une scène de Macbeth devait suivre, mais ne voilà-t-il pas qu'elle se mit à me sourire avec malice (j'étais à l'avant-scène), comme si elle avait eu une friponerie en tète, et commença, à ma grande surprise, à déclamer la Préférence :
— A Fiiboiirg, dan*; la ville, on ne voit lien de laid.
c'était encore bon, mais quand elle arriva à :
— Là, dans une chaumière, entre, puis sort quelqu'un ! Qui donc? oli ! ne crois pas qu'on le dise à chacun,
au lieu de dire :
— C'est une elle et non pas un lui qui la première,
elle se tourna vers moi, me sourit et dit :
— C'est un lui et non pas une elle, etc.,
en me désignant. Qu'en dites-vous ? Une actrice et un conseiller ecclésiastique en présence du grand-duc, de la cour, du prince de Thurn et
c<3< 9 >c« Taxis, boaiicouit irétrangers, et (500 autres per-
sonnes
(Quelque chose de pareil est-il déjà arrivé à un conseiller ecclésiastique? A moi pas encore; |)0urtant cela se passa assez bien. Les longs et bruyants ap[)landisseinents reinpéclièrenl de finir; elle remercia, mais |)as en silence, tout haut, en ajoutant qu'elle devait ce bonheur Qe ne veux pas répéter tout cela ici) à son ami Hébel, dont la présence l'inspirait.
Après le spectacle, j'allai la remercier dans sa chaml)re par une embrassade, c'était bon aussi; et Teunnenai dans une soirée, où, pour récompense, je lui donnai une représentation héroïtragique, aussi bien que je le pouvais comme novice. Je me jetai à minuit par une porte de balcon en projet (sans balcon A. B.), que je prenais pour une fenêtre, et par la(|uelle je voulais vider ma pipe. La moitié la plus lourde du corps resta pourtant dans la salle, quoique ma tête fût à l'air iui dehors, et à minuit elle n'était pas non plus très-légère. Tout cela sans aucun ennui, sans la moindre frayeur, sans une trace de douleur. Je ne comprends pas que j'aie été si calme et que je m'en sois tiré, maintenant que je suis de sang
froid; mais il y a déjà un an que je crois M"^^ Hendcl en possession de secrets artifices. Elle est partie lundi. Depuis lors, moi et son écureuil qu'elle m'a donné , nous faisons deux tristes figures. —
L'influence de M'"^ Hendel eut du moins un bon résultat pour Hébel; ce fut de lui faire soigner un peu plus sa toilette, à l'égard de laquelle il avait pratiqué jusqu'alors les licences poétiques les plus formidables.
En 1812, il revit la vallée de la Wiese pour la dernière fois. Les amis de sa jeunesse avaient pour la plupart disparu ; de nouvelles générations les avaient remplacés ; d'autres préoccupations aussi avaient rempli sa vie ; il ne pouvait plus retrouver là ses impressions d'autrefois.
Indépendamment de ses poésies dédiées par lui aux amis de la nature et des mœurs champêtres, Hébel a aussi publié des histoires de la Bible, rédigées à sa façon pour l'usage des écoles, et un almanach intitulé VAmi de la maison, qui se tira pendant bien des années à 40,000 exemplaires. Cet almanach était rempli de petites anecdotes, parfois instructives et parfois drolatiques, qui furent éditées plus tard en un seul vo-
lume. Ce volume est très-populaire en Allemagne. L'une (le ces anecdotes consistait à raconter l'embarras d'un pauvre catholique surpris entre deux processions, et qui ne sait du côté de laquelle il doit se mettre à iienoux. Cette anecdote ayant déplu au clergé catholique du grand-duché, Héhel, qui n'avait en d'intentions désobligeantes contre personne, fut tellement peiné de ce malcncontre, qu'il renonça dès lors à la rédaction de son almanach. Héhel doit avoir aussi laissé un catéchisme et un sermonaire.
En 1820, nous le retrouvons connnandeur de l'ordre du lion de Zœhringen, et revêtu du titre de prélat, c'est-à-dire de la charge la plus éniinente du clerçré protestant, avec le droit de siéger à la chambre haute du grand-duché. Quand il se vit au milieu de rUIustre assemblée, sa première jx'usée fut jtour sa mère di'funte : — Que dirait-elle, la pauvre fennne, si elle me voyait en pareille compagnie ?
Ce souvenii' de sa mère le sniNait partout, aussi
bien que celui de son village, et de tous les ob-
I jets qui l'avaient entouré pendant son enfance.
Il tenait surtout aux horioLnvs de bois de la Forèt-
Noire : — J'aime mieux cela, disait-il, que toutes
les montres, et qiie les plus belles pendules, parce que c'est au milieu de pareilles horloges que j"ai grandi, et l'étonnement, la joie, je pourrais même dire la frayeur enfantine que m'inspirait autrefois cette vie mécanique, ne m'ont jamais quitté.
Hébel était d'une société des plus aimables et des plus gaies. Il resta toute sa vie très-étroitement lié avec M. Haufe, de Strasbourg, qui avait été son élève. La chanson de la Noce^ la XXVII"® de ce recueil, écrite par lui en l'honneur de H. Zschokke, témoigne aussi de ses bons rapports avec cet agréable écrivain. Hébel n'aimait pas la musique, et avouait ne pas mieux s'y entendre qu'un ramoneur au blanchissage. Il avait placé la plus grande j)artie de ses petites épargnes chez un banquier de ses amis qui fit faillite : — Ce qui m'afflige le plus, dit-il alors, ce n'est pas ma perte, mais le malheur de cet homme. Avant cela j'étais déjà pauvre, je le suis un peu plus maintenant ; mais je me rappelle un temps où je l'étais bien davantage. — Malgré son profond désintéressement, Hébel avait la manie de mettre à la loterie. Toutes les fois qu'il se trouvait à Baden, il ne manquait pas non plus déjouer à la roulette. La chance lui était assez souvent favorable. Dans
cv cas, il se |)assail volontiers la fantaisie de vivre en iïrand seignenr pendant qnelqiies jours. Il donnait alors aux domestiques de superbes étrennes : — Bah ! disait-il, si je ne suis pas comte ou marquis, ce n'est pas leur faute, et je n'entends pas qu'ils en pâtissent ! Rien ne lui était plus asrréaMe que le contraste, et il se plaisait à passer sa soirée dans les brasseries avec les laquais des comtes et des barons, en société desquels il dînait à midi.
L'extérieur de Hébel était des plus avenants; les traits de son visage pleins de finesse, de distinction et de gaîté, et ses petits yeux bruns de mffiiiïne bonhomie. Un front haut et fortement arqué, ainsi que le nez, une bouche gracieuse et souriante, un corps fortement constitué, une taille moyenne, une prestance droite, et une démarche nonchalante; tel était l'honnue.
Avec ses cours au gymnase et ses prédications, Hébel se trouvait aussi chargé d'inspections dans les écoles ecclésiasticpies protestantes du grandduclii'-. Au mois de septembre 1826, il se rendait ainsi en tournée scolaire de Carlsruhe à Mannheim, malgré des douleurs d'entrailles qui comnieni,'aient à le tourmenter. Là il présida encore
les examens avec toute son attention ordinaire. Le 10, à nuit tombante, les élèves du lycée organisèrent en son honneur, à la jonction du Neckar et du Rhin, une promenade en barques, qui finit en plein clair de lune. Les clameurs sympathiques de tous ces jeunes gens voguant sur ces barques décorées de verdure, au son de la musique, en société d'une foule de leurs amis et de leurs amies, les chants, les conversations et le cliquetis des verres se répondant d'une barque à l'autre, tout cela rendit momentanément au vieillard sa sérénité disparue. Ce fut là son dernier beau soir; et cependant ce n'était pas du tout un présage lugubre qui lui fit dire en voyant la foule accourir dans les jardins, sur les bords du fleuve : — ■ Ne dirait-on pas que nous voguons sur le Styx, et tous ces promeneurs ne semblent-ils pas des ombres que Caron empêche d'arriver jusqu'à nous.
Le lendemain, malgré son croissant malaise, il voulut se remettre en route, pour aller à Heidelberg continuer ses examens. Arrivé à Schwetzingen, il fut obligé de s'y arrêter chez un ami. C'est là qu'il mourut le 22 septembre 1826, âgé de 66 ans. Le lendemain, toute la population de cette petite ville assistait, les yeux humides, à
son entorriMiienl. Au cimetière, on ouvrit encore une lois le cercueil. Vï\ doux soleil d'autoume illumina les traits j)àlis, mais toujours sereins du mort. On posa sur ses cheveu-\ gris une couronne (le lauriers, après quoi le cercueil roula dans la fosse, au chant de toute la jeunesse des écoles de la localité qui faisait cercle sur le bord.
Hébel laissait une fortune de 14,000 fr. qu'il se proposait de convertir en une fondation, grâce à laquelle les enfants pauvres de son village eussent reçu gratis leurs livres d'école, et les vieillards pauvres une chopine de vin pour se récliaufl'er le cœur tous les dimanches. La mort l'ayant surpris subitement, il ne put réaliser son projet.
Une montagne qui domine la jolie vallée de la Wiese a reçu son nom. Dans un bosquet du parc (le Carlsrulie, un monument en bronze a été élevé à sa mémoire, en lb35, par ses amis et ses admirateurs. On y lit entre autres inscriptions ces vers tirés de ses poésies :
- Lor.«que devant tes pas le chemin se pai'tn^e, Pour savoir quel côté te convient «laviintage, Parle à ta conscience; induliitabicmcrit Elle le répondra, sacliant bien ralicmand.
Et plus loin :
— i\lals:rc lit nuit profonde et son obscurité, Les étoiles aux cieux sont de toute beauté, Et l'on reconnaît bien à leur clarté chérie, Comme il fait bon là-haut dans notre autre patrie.
A leur apparition, les Poésies allémaniques de Hébel furent aussitôt applaudies et recommandées par Goethe et par Jean Paul.
— Je viens de i-elire pour la cinquième ou sixième fois, écrit Jean Paul dans le Journal du monde élégant, ce recueil de chants populaires, qui pourrait trouver place dans celui de llerdcr, si l'on osait faire un bouquet au moyen d'un autre. Notre poète allémanique a de la vie et du sentiment pour tout. Chaque étoile, chaque fleur devient pour lui une créature vivante. A travers toutes ses poésies, on est saisi par cette belle appropriation dont il pousse quelquefois la personnification allégorique jusqu'à la hardiesse et à l'humorisnie: comme, par exemple, dans tout le premier morceau : la \\ iese.
Il est naïf: il lient à la fois à l'art ancien et aux temps modernes; le plus souvent éiégiaque et chrétien, d'autres fois romantique à efi'roi : il ne danse Jamais sur la phrase, — il faut le lire, non pas une fois, mais dix fois, comme tout ce qui est simple.
Un doux éclat de soleil couchant rayonne de son àme belle et tranquille, sur toutes les hauteurs qu'il fait surg;ir. Il remplace les fleurs poétiques par la déesse des fleurs elle-même, par la poésie. Il embouche d'une main la trompe alpestre des aspirations et des joies juvéniles, fout
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en niontiiiiit de liiulro les rellels du eoucliant sur les hauts ïliifiois , et eornineiiec à |)iier quand la cloche du soir se met à sonner sur les montagnes. —
De son coté, Gtrllie ('crivait dans le Journal littéraire de Jéna :
— L'auteur de ces poésies est en train de se conquérir une place à part sur le Parnasse allemand. Son talent s'incline de deux côtes difFcrcnis. De l'un il observe d'un u'il joyeu.v et frais les objets de la nature qui manifestent leur vie d'une manière palpable par leur accroissement et leur mouvement, et qu'ordinairement nous tenons pour inanimés, l'ar là il s'approclie de la poésie descriptive, tout en sachant néanmoins, avec d'heureuses personnifications. pUcei- ses tableaux à des hauteurs plus élevées de l'ait. De l'antre coté, il s'applique à la didactique morale et à l'ailéiiirie: mais là aussi celte personnification lui vient en aide, et de même que tout à l'heure il trouvait un esprit poui- ses corps, de même il trouve ici un corps pour ses esprits. Cela ne lui réussit pas toujours, mais quand cela réussit, son œuvre est parfaite, et nous sommes d'avis que la plus grande partie mérite cet éloçe.
Tandis que les anciens animent leur sujet par des fiirures idéales, et divinisent la nature en substituant des Nyniphes. des Drvades, des llamadryadcs, aux rochers, aux arbres et aux fontaines, notre auteur change les différents objets de la nature en sens de la campaçne , et paysanise tout dans l'univeis. de la fa(:on la plus na'ive et la plus gracieuse; de sorte que le paysage, oi'i l'on ne perd pour-
tant jamais de vue le paysan, semble ne plus falic qu'un avec lui dans notre imagination transportée et ravie. Du reste, l'auteur a parfaitement saisi le caractère de la poésie populaire, en en dégageant toujours, soit plus délicatement, soit plus fortement, la morale. Si l'homme instruit éprouve dans tout son être une impression de celte œuvre, et veut en tirer une édification plus élevée, l'homme dans une position intellectuelle inféiieure cherche en tout la morale, afin de l'appliquer aussitôt à son usage journalier. L'auteur, à notre avis, a pratiqué presque partout et avec beaucoup de goût, le fabula docel, si bien que le caractère de la poésie populaire se manifeste, sans que la jouissance esthétique en soit lésée le moins du monde. —
Hébel ne croyait pas à la possibilité de traduii'e ses poésies en haut allemand. — Ce serait absolument, disait-il, comme si on voulait introduire dans la haute société une fille de village en toilette de ville.
Cependant, après les applaudissements enthousiastes que lui donnèrent Jean Paul et Gœthe, les traducteurs se mirent à l'œuvre. Ces traductions, faites à l'intention des personnes qui ne comprennent pas le dialecte allémanique, sont déjà au nombre de cinq. La dernière date de 1851. Elle est magnifiquement illustrée. Quant à nous, la moitié des morceaux de Hébel qui viennent ciaprès ont déjà été publiés en 1846. Qu'il nous
soit i)onnis do citer coinmo renseiefnenient sur la j)ort(''o (le cet essai, le passage suivant de l'article que lui consacra M. le professeur Rapp, de Tubingen, dans les Annales du présent (Jahrbiicher der Gegenwarl) , en février 1847; nous traduisons :
— L'idvllc hébelienne est dans la littérature allemande, qui comporte cependant tant d'extravagances, quelque chose de si complètement à part, que nous ne la comprenons pas nous-mêmes dans le cercle ordinaire de la littérature. A nous, Allemands du sud. à qui Hébcl tient si fortement au cœur, cela nous fait déjà mal quand on nons dit que quelqu'un a cherché à traduire ces poésies en haut-allemand : il y a là pour nous comme une profanation de l'intimité avec laquelle nous honorons ces produits. Qu'il surfisse maintenant un traducteur français de ces mystérieux trésors, et il tombera nécessairement sur nous une sorte d'épouvante, à voir un étrang;er oser évaporer ainsi dans la langue européenne de tout le monde, une chose qui exprime tout ce que nous avons de plus intime et de plus national.
Et pourtant, dans ce dernier cas. nous nous trouvons en erreur. Que notre langue allemande officielle ne soit pas apte à exprimer toute la teneur d'une poésie dialectique, cela est hors de question; car si Ilébel avait pu dire le.s mêmes choses en haut-allemand, pour quelle raison eût-il choisi celte forme poé(ique-Ià, toute familière quelle lui fût? Mais qu'un idiùme tout-à-fait étranger soit aussi impropre à la même chose , c'est une conclu-
fiion précipitée, et nous nous sommes convaincus de cette
vérité en parcourant ce petit livre
D'abord vient la Wiese. La traduction prend tout au court. C'est souvent plutôt un excerpl qu'une véritable traduction. Mais il faut dire que vouloir tout conserver dans cette forme et dans cette langue n'était pas possible. Pour nous, le plus intéiessant se trouve peut-être perdu; mais il en reste toujours assez pour rendre la chose appréciable à un Français, et ici c'est l'essentiel. Ensuite, il est justement bien plus difticile d'excerper une poésie en français que d'étendre l'étoffe en paraphrasant, ce que faisaient toujours les précédents traducteurs. M. Buchon a du moins évité en partie cette faute. Il ne manque cependant pas non plus, dans ces poésies, de petites méprises qui par-ci par-là touchent même au comique. Toutefois, après les observations ci-dessus, il est encore dans le fait digne d'admiration qu'un étranger ait pu tirer un tel parti de ce poète. —
LA WIESE. 0)
Le Feldberw de grands bois couvre son noble faîte ; Plus d"un vous contera d'une voix stupéfaite, <)u"un fantôme faucheur, à minuit, quand tout dort, Y bat sa faux (Parurent sur une enclume d"or... (Il n"est du moins personne à Todnau qui s'avise D'en douter!) C'est de là que s'échappe la ^^'iese : C'est aussi là qu'un charme inelTable et vainqueur, Fait revenir toujours mes regards et mon cœur...
0 fdle du Felriberg ! ô ^^'iese bien-aimée ! Puissé-je jusqu'aux cieux |)orter ta renommée, Et voir dorénavant couler à l'unisson Ton eau limpide avec ma limpide chanson.
(<) Ritirre qui se jrltp dans li> RJiln , au-dessous de Bàlc, prés du Petit-Huniiigiie. Etvm. die //'i>^, l<i prairie; prononcez : fiée.
Née aux flancs dune roche et de brouillards nourrie,
Jamais Pœil d'un mortel n'aura l'elTronterie
D'aller fouiller au fond de ce pierreux séjour,
Les replis du mystère auquel tu dois le jour.
La troupe des esprits seule en ce lieu pénètre
Par des sentiers secrets qu"on ne peut reconnaître :
C'est elle qui t'apprend à courir, à penser,
Et tu fais ton prolit de tout sans te lasser;
El dès que tu le peux, sans être soutenue,
Tu viens nu-pieds, chercher à voir, pauvre ingénue,
Tout ce dont tes instincts te parlaient vaguement,
Les arbres, le soleil, et le clair firmament.
Comme tu leur souris... comme tes regards brillent... Ecoute, comme aussi les mésanges babillent... Tu ne t'attendais point à ces merveilles-là? — Non, mais j'espère encor trouver mieux que cela, Dis-tu, car plus j'avance et plus ma joie augmente D'avoir osé tenter cette course charmante... — Comme elle saute... — Cours après moi si tu veux... — Dit-elle, en secouant à Pair ses beaux cheveux... — Tu vas tomber, prends garde.. Ah ! vilaine étourdie. Tout ceci Unira par une tragédie...
Pouf! que disais-je donc? t'y voilà, c'est bien fait! Pourvu qu'elle n'en ait pas le pied contrefait: —
Sans plus se soucier de cette maladresse. Elle repart, d'abord à quatre... puis se dresse Derrière les buissons, et rit en défiant Tous ceux qui la suivaient d'un regard confiant. Puis voilà qu'elle vient là-bas de reparaître.
Pour s"t'ilipser soudain drrrièro (|uoI(iiie lièlic,
lui criant : — Clicrclie-moi maintenant ttii je suis... —
.Mais tous ees détours font (|u'en vain je la poursuis.
Plus elle avance, et plus elle devient superbe: Sur ses rives l'on voit partout poiutiller Tlierbe: Hieulùf. bereeronnelte et canards de Todtnan. Tout le monde s'en vient barbotter dans son eau; Tout le monde veut voir notre ^^ iese au passage; Tandis que. déjà laite aux compliments d'usage, Celle-ci les re(,oit tous d'iin air enchanteur. Sans couler toutefois avec plus de lenteur.
On s'en va-t-elle ainsi? peut-être à (|Hel(|ue danse, Ou bien vers les gardons.. Mon Dieu., (iiielle imprudence! Pourtant vers Uzefeld elle hésite... et ne part De Riichen (ah! ceci c'est très-beau de sa part..) Ou'après la messe dite... alors d'une bordée Klle arri\e à Schœnau, d'où sa rsute est bordée De erands prés, de coteaux et de sentiers étroits, Le long desquels surfit plus d'une vieille croi.x. Plus elle avance et plus elle devient superbe. Sur ses rives l'on voit partout foisonner l'herbe. Les fraises et les fleurs qu'au bord des grands chemins Vous pourriez en passant cueillir à pleines mains. Tandis que, sur la droite, on voit là-bas des aulnes Déjà tout verdoyants et des navettes jaunes.
0 \\ iese ! ranimés par tes fraîches vapeurs,
Le pâtre au loin répond aux chansons des coupeurs,
Les grands montons de Zell bondissent plus à l'aise,
Si bien qu'il n'est personne à qui cela ne plaise, Et que chacun voudrait, ô ma Wiese ! pouvoir, Avec plus de splendeur encor, te recevoir...
Oui, mais près de Bruckwoog oîi la rocaille abonde, Quand grimpent les enfants par troupe vagabonde, Et qu'ils ont vu de là quel vacarme tu fais, Ils disent en ouvrant de grands yeux stupéfaits : — Est-ce que par hasard la démence la gagne, Cette Wiese, et pourquoi battre ainsi la campagne? — Oui, c'est bien vrai, je trouve aussi cela, comme eux; Pourquoi tant secouer là tes flots écumeux? Qu'as-tu? que veux-tu? rien., toujours même silence.. Puis voilà qu'à travers les prés elle s'élance Du côté de Hausen, pays luthérien, Où sa foi va bientôt devenir moins que rien... Tenez, tenez, voyez si j'étais bon prophète : C'est triste, mais enfin, comme la chose est faite, Malgré le regret qui dans ma poitrine bout, Je vais patiemment la suivre jusqu'au bout.
Ah! puisque de Luther le régime te tente, Laisse-moi t'habiller en fille protestante ; Tiens, mets d'abord ces bas à coins, puis ces souliers, Puis ce corsage vert d'oii tombent par milliers Ces plis de ruban noir sur lesquels va s'étendre Ce plastron de velours bordé de rouge tendre. Pendant que je ferai de tes beaux cheveux blonds, Deux nattes dont le bout pendra sur tes talons.
Ce bonnet bleu-de-ciel sera-t-il à ta guise.
Dis? avec ces fleurs d'or, que t'en semble, ô maWiese!
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C'est du damas très-cher, tu vois : mais tàclie donc
De passer par-dessous les nattes le lordoii,
Et par-dessus l'oreille, afin que je t'en lasse
Une larue rosette au sommet de la hue...
Puis vient, pour compléter ce costume opulent.
Ce tablier, avec ce mouchoir de Milan,
Qui fera ressortir ta beauté ravissante.
Comme un nuage autour de l'aurore naissante,
Et qui trahira même, à l'œil des amoureux,
Chaque pulsation de ton sein vigoureux.
Tu devrais bien aussi retrousser celle manche,
Pour montrer Ion bras blanc sous ta chemise blanche,
Et porter à la main ton chapeau, car vraiment.
Ton visage me semble, à moi, bien plus charmant,
Lorsque le grand soleil peut en toute occurrence,
En faire flamboyer la pure transparence.
A présent te voilà superbe, et i)Our le coup.
Je puis te protester que tu me plais beaucoup...
Voyez, comme elle prend des allures de reine...
On dirait qu'elle vient d'être aujourd'hui marraine ;
Aussi nous lorgne-t-elle, en marchant, de côté,
Pour savoir quel ellet produira sa beauté...
Maintenant devinez oîi va notre mutine...
— Peut-être, sur la place, ou bien à la cantine.
Ou bien sous les tilleuls, là-bas, vers ces garçons,
Oui pourtant n'ont pas tous de très-bonnes façons;
Ou. vers la foiiîe... — Eh! non, rien par là ne l'attire;
Leur forge mise en train, \ite elle se retire
En faisant galopper de mieux en mieux son eau,
Par les prés de Haiisen, du côté de Falirnaii,
De crainte qu'à Scliopflieim. quelqu'un se scandalise,
En la voyant passer encor devant Téglise.
Mais à Gundenhausen, là-bas sur le chemin De ^^ iesleth, à qui donc vas-tu donner la main? Ce doit être ta sœur, car elle te ressemble: Allons, soigne-la bien et venez voir ensemble Ce château de Rtelteln où tout tombe en lambeaux, Rœltein, où par essaims si joyeux et si beaux, Foisonnaient autrefois, en brillants écpiipages, Les (lames, les seigneurs, les limiers et les pages: Roetteln. de tant de luxe autrefois coutumier, Hélas ! et qui n'est plus qu'un grand nid à ramier.
^'ous voici vers Maulburg: là-bas. dons la feuillée, C'est Fohris: puis là-haut, l'église émerveillée De Ilellsteiu : maintenant, prenons par ces vallons. A te suivre, sais-tu qu'au train dont nous allons. Mes jambes s'avoueraient tout-à-fait impuissantes, S'il ne se rencontrait parfois quelques descentes. Laisse Steinen et prends, te dis-je, par les prés. Car les chemins y sont de fleurs tout diaprés. Bien, voilà maintenant qu'enfin tu te résignes A ralentir le pas. pour admirer les vignes D'Hagen et de Hœtleln qu'on aperçoit d'ici... Tiens., vois-tu ce monsieur., n'a-t-il pas l'air ainsi De l'appeler?.. Eh (juoi?.. vas-tu ne plus connaître Celui qui te sourit là-bas de sa fenêtre : Avec son grand bonnet sur la nuque tiré?.. Allons, réponds-lui donc, c'est monsieur le curé...
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Ici i"rst Tliiimriircii : là-hns. daiis la prairie. C'est Lœriarli. étalant avec roqiii'leiic. Dans un cadre de Heurs, ses g-rands toits à pignons, Pendant qne sur la roule, en joyeux eompagnons, Les beaux messieurs de Bàle errent à ravenlure, Les uns sur des chevaux, les autres en voiture...
Voici le cabaret do Stettcn, mais je crois
Que tu trembles, ma Wiese? est-ce donc cette croix
Qui te fait peur? allons, que cette peur finisse.
Car dans quelques instants, nous allons être en Suisse.
De Si liopfheim à Stetten. Dieu ! comme tu bondis, Dans ce lit de cailloux déjà tout arrondis; Comme admirablement aussi, tu l'y dessines, Bien (pie clia<iue bord soit renforcé de fascines: Comme à chaque détour, Ton voit, ma chère enfant, Ton beau front devenir toujours plus triomphant — Comme en l'apercevant les herbes reverdissent. Et connue ces boutons que leurs sucs alourdissent, Rivalisent eutr"eux de légitime orgueil, Pour te faire au passage un plus brillant accueil..
En \oilà-t-il des fleurs de toutes les familles...? Des liserons, de l'orge avec des alchimilles. Du trèfle, du cumin, des soleils et des joncs. Étalant tous, au bout de leurs moindres bourgeons, Ces diamants si purs qu'y suspend la rosée, Tandis qu'une cigogne étourdiment posée Sur ses échasses. court dedans à la fayon D'un faucheur qui d'abord inspecte sa moisson.
De montagne en montagne, oli ! combien de prairies Te déroulent ainsi leurs vertes draperies, Avec un bataillon de cbampètres clochers, Perdus, le plus souvent, au faîte des rochers.. Les chevaux de Lœrrach, aussitôt qu'on les lâche, Viennent aussi vers toi s'ébattre sans relâche... De Zell jusqu'à Richen, grands arbres et buissons Fourmillent de linots et de petits pinsons Qui sifflent, touchent l'orgue et tiennent synagogue. Jusqu'à la nuit qui clôt enfin leur dialogue.
Le tilleul de Bromback est donc mort? ah! tant pis.. Mais dans ces plaines, vois quels superbes épis, Et comme dès le pied, ces côtes sont couvertes, En guise de manteau, de belles vignes vertes; Tandis que le haut porte, en guise de cheveux, Des chênes aux longs bras écaillés et nerveux.
Oui, j'admire vraiment comme sur ton passage. Sitôt que tu parais, tout change de visage ; Combien de chariots circulent à la fois. Sur tes rives, au bruit sifflant des coups de fouets \ Comme à verser le foin chaque faux continue. Et comme enfin tu fais à tous la bien-venue.
Qu'il surgisse une usine, une ribe en chemin : Vite au maître, tu cours donner un coup de main. Ailleurs, par un elfet d'obligeance excessive, Tu viens aider aux gens qui lavent la lessive ; Ou bien des forgerons, tu vas, dans leur enfer, Comme s'il était d'œuvre, unir le fil de fer.
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C'est encor loi (pii fais arriver sur reiicluine, Ces masses que la main brandit comme une plume, El lèves leur marteau, sans le mettre en souci, Oiiand ils ont oublié de le dire merci.
Trouves-lu quelque part une biancbisserie,
Tu le roules, avec un air de moquerie,
Sur la toile, en disant : — Bah! si je ne m'y mets,
Le soleil, à lui seul, n'en finira jamais. —
Cependant il faut bien aussi que je t'apprenne Ce qu'on dit d'autre part... — toute aimable et sereine Que paraisse la mine, on dit qu''en maint endroit, Tu le fais des sentiers auxquels tu n'as pas droit, A travers les regains que tu remplis de sable... Ou'un pauvre diable ail eu du cliauvre un peu passable, Tu te plais, on ne sait pas trop dans quel dessein, A l'emporter, dit-on. dans le champ du voisin. Tu fais aussi, dit-on, mainte étrange trouvaille. Sous les bancs oii jamais le balai ne travaille : Puis, d'autres fois enfin, lu t'en vas sans façons, Emportant sous ton bras les gens et les maisons.
Si tu prends ce ton là, j'ai bien peur, ô ma NMese, Que de le fiancer nul garçon ne s'avise... Eh bien, quoi? tu souris, qu'est-ce? allons, lève donc Vers moi les yeux et laisse en repos ce cordon... Va. ne crains pas de l'être avec moi compromise. Car, je te sais très-bien depuis long-temps promise, Je sais qu'au rendez-vous tu vas dans ce moment, .le sais même le nom de ton robuste amant.
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Du liant du Saint-Gothard, par Rheineck et Constance,
Il arrive au çalop. sans nulle intermittence.
Et traverse le lac. en nageur bien appris.
Qui se dit : — Il me faut cette ^^'iese à tout prix.. —
Mais vers Stein, il reprend son allure ordinaire,
Et sort, les pieds lavés, de ce lac débonnaire:
Diessenhofen l'ennuie ainsi que son couvent:
Depuis Scliairhouse aussi poursuit-il en avant,
En criant à travers les rocliers qu'il balaye :
— Oui, je la veux, la Wiese, il faudra que je laie..
Puis, ces rochers venant à manquer tout-à-coup.
Il fait un brusque saut dont l'alTrcux contre-cou])
L'étourdit un moment: pourtant il continue
Sa route vers lilicinau sans plus de retenue.
Eglisau. Kaiserslulil. Zurzach, il franchit tout. Waldshut même et Krensach et s'enfuit de partout. Impatient qu'il est de te trouver à Bâie, Le front resplendissant de beauté virginale. Cest là que le contrat doit s'écrire: pourtant. Weil, si tu m'en croyais, conviendrait bien autant. Mais il se peut aussi, pour traiter celte aifaire. Que ce soit le Petit-Huninijue qu'il préfère.
Prenons donc par les prés de Hichen oh ! dis-moi..
N'est-ce pas lui (|ui vient là-bas tout en émoi.. Oui, je le reconnais à ces énormes cuisses. A ces boutons d'acier comme en portent les Suisses, Puis à ces trois mentons... mais, vois-le donc, là-bas! Comme ses gros mollets remplissent bien ses bas. Et d'un bon sros bàlois comme il a bien la mine..
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Tiens, voih'i (|ii";'i urt-sent Ion beau Iront s'cnlnniine, Et que ton eiantl mouchoir coninieuce à s"agiter Sur ton oû'ur (|ui bondit... c'est à n"en plus douter, Tu riiiuies. rt bientôt toutes les espérances Des esprits du Feldberg;, malgré les apparences 3Ia Wiese, à Ion profit, vont se réaliser. — Adieu, je ne veux pas plus longtemps abuser De ton temps que réclame un entrelien plus tendre ; Aussi bien ce monsieur se lasse-t-il d'attendre ; Va jouir du bonheur que chacun te prédit, Mais rappelle-loi bien tout ce que je l'ai dit.
«uu\AJ\PJ\AA/uiA»