‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 23 sur 59 · LA CIGOGNE · texte numérisé non relu

LA CIGOGNE

Tiens, vous voici déjà, madame la cigogne,

A pêcher dans Tétang!... Quoi, si vite en besogne?

Il paraît que Pliiver est tout-à-fait fini.

Puisque vous revoilà déjà dans votre nid.

Oui, partout disparaît la neige la plus dure, Et les montagnes vont se couvrir de verdure, Puisqu'en effet, c'est vrai, du ciel resplendissant, Il souffle un vent si doux et si rafraîchissant.

Entends-tu la cigogne et son tapage étrange, Sur le bord de son nid que du bec elle arrange? Peux-tu comprendre un mot à tout ce qu'elle dit? Elle vient de très-loin, du côté du midi.

Eh bien! quoi de nouveau, par là-bas, en Afrique? Par-là le monde est-il plus qu'ici pacifique? Aiguisent-ils leur sabre aussi de ce côté, Et plantent-ils beaucoup d'arbres de liberté?

Mais d'où viennent des bas rouges de cette taille? Les auriez-vous trempés sur un champ de bataille,

El (i'oîi vient que voire tTÏIe est si noire? Est-ce aussi Aux flamnies du canon là-bas qu'elle a noirci?

Ah! pour vous faire voir tous ces alTreux ravages, Il n'était pas besoin de ces lointains rivages; Car, voyez-vous, la guerre et le diable et son train, Vous l'eussiez bien trouvé par ici sur le Uliin.

Par ici, plus personne, hélas! qui ne se plaigne! Combien de gens encor dont la blessure saigne! Combien de gens chez qui tant d'argent s'entassait, Et qui n'ont maintenant plus un balz au gousset!

Et là-bas, au milieu de ces Alpes si roses, C'est là qu'on en a vu, de ces horribles choses; C'est là que les blessés, les mourants, les chevaux. En ont poussé des cris à travers monts et vaux!

Bien du sang suisse pend encor par longue goutte Au fier chapeau de Tell; mais enfin, somme toute, Un ange du bon Dieu sur nous veillait pourtant... — Klipp! Klipp ! Klapp! — Mais pourquoi babillezvous donc tant?

Femme, va me chercher le petit, pour qu'il voie La cigogne... Vois-tu, là-haut!... hein! quelle joie! La voilà, la cigogne! ha! ha!... dis-lui bonjour! Elle ne te connaît vraiment plus au retour!

C'est qu'aussi tu n'es plus le même, quoiqu'on dise... Vois donc comme à présent ta chevelure frise. L'an dernier, lu portais encore un cotillon, Aujourd'hui te voilà dans un beau pantalon.

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La cig-ogne, à part elle, à jaser continue; Elle est bien aise d'être au pays revenue: — • Oui, oui, chère cigogne! assez comme cela! Ça te fait bien plaisir de nous revoir tous là.

Oui, ça ne va pas mal à présent; dans la plaine Qui resta si longtemps de soldats toute pleine. On n'aperçoit plus, grâce à Dieu, de tout côté, Que la charrue enfin courir en liberté.

Et Celui qui ramène au printemps la cigogne. Et nourrit les corbeaux, s'est mis vite en besogne Pour faire un peu de pain aux pauvres paysans, Et leur ôter du cœur tant de soucis cuisants.

Et maintenant, de quel côté qu'on se promène, Tout a i)ris une mine avenante et sereine. Comme quand la nuit meurt à l'iiorizon vermeil, Et que dans les sapins se montre le soleil.

Va jeter un coup d'œil au loin sur la contrée, De pareille jamais tu n'en as rencontrée. Tu connais bien mon pré, -c'est là tout à la main, Derrière la fontaine, au détour du chemin.

Si tu trouves par-là quelque grenouille grasse.

Tant mieux; mais ne va pas t'étouller; puis fais grâce

A mes abeilles qui, je dois t'en avertir.

Par les jours un peu chauds commencent à sortir.

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