LA NOCE
Je vous Tavais bien dit, et rien là ne m'étonne, Que nous verrions avant la fin de cet automne. Le messager de Bâle arriver à Tautel, En habit nuptial, comme un simple mortel.
Que vous disais-je?... Il faut à cet homme une femme. Une femme soigneuse et douce, une bonne âme, Qui lui donne un baiser quand, avant jour, il part, PourBàle, ou bien pourBriigg, ou bien pour autre part..
Une femme qui vienne aussi le soir Tattendre Sur la porte, et Paccueille avec quelque mot tendre. Quand il rentre chez lui, tout fatigué qu'il est, Et lui dise : — Chéri, mets donc ton gros gilet;
Fourre tes pauvres pieds dans ces larges pantoufles; Ta soupe doit avoir besoin que tu la souffles; Mange de ce jambon, si peu que tu voudras. Pendant quej'irai mettre un grès chaud dans tes draps.. —
Il sentait bien cela, le messager de Bàle : Aussi dans tous les lieux où parfois il déballe, N'est-il pas deux minois tant soit peu méritants. Qu'il n'ait vus de très-près, et depuis bien longtemps..
«o<: .111 vco
On sait de reste ici, combien les amoureuses,
De la Limmat au Rhin, sont fiaîclies et nombreuses;
Le messager se voit forcé de convenir
Que pourtant rien là-bas n'a pu lui convenir...
— Aussi pourquoi chercher si loin, quand ton affaire Est là, presque à la porte, et quand tu n"as à faire Qu'un pas pour l'obtenir... Crains-tu de rester court, Ou, voudrais-tu qu'on vînt te faire, à toi, la cour? —
Il va donc, on accueille assez bien sa requête, Et maintenant plus fier qu'un roi de sa conquête, Il dit, en la couvant d'un regard attendri :
— Te voilà donc ma femme, et je suis ton mari! —
Or, à présent, voici de toi ce qu'on réclame; De cette belle enfant fais une bonne femme: Prends les événements toujours du bon côté, Et nous serons heureux de ta félicité.
Quel plaisir c'est, le soir, de voir dans sa couchette, Un enfant nous tourner sa figure fraîchette. Et pousser mille cris d'aise, en faisant haro Sur le sucre apporté pour lui depuis Aarau...
Qu'il ne sorte jamais pour nous de ta valise, Que des nouvelles dont l'àme se tranquillise. Et nous te promettons, mon brave messager. Que tes enfants auront force sucre à manger...