‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 36 sur 59 · L'HEUREUSE FEMME · texte numérisé non relu

L'HEUREUSE FEMME

Dieu garde mon Friedel! Quelle tenuue eu ce monde Eut un homme jiuiuiis de bonté si protonde; C"est toujours près de moi qu'il est le plus content, Et tout ce que je veux lui sourit ù ritistanl.

Sur ce (pi'il dit et fait ne mord jamais le blâme; Il est si doux et tendre, oui, jusqu'au fond de l'âme; Il fait si bon le voir, avec ses blonds cheveux, Avec son teint si rose et ses bras si nerveux!

Quand je sens à part moi quelque bien lourde peine, A mon homme je n"ai qu'à réfléchir à peine, Pour (jue vile à mes yeux s'édaircisse le ciel... Que toujours le bon Dieu me garde mon Friedel!

Dieu garde mon domaine aussi! Là, par derrière. J'ai mon petit jardin bien clos d'une barrière; El je trouve dedans tout ce dont j'ai besoin; Et notre champ là-bas. dont nous avons tant soin,

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Il y pousse du blé que cela nous étonne! Puis aux coteaux voisins, nous vendangeons rautomne.. Si ma cour est petite, au moins y trouve-t-on Tout ce qu'on veut, en fait de poule et de mouton.

Que puis-je désirer de plus, je vous demande; Puisque dans sa bonté si propice et si grande. Le bon Dieu se complaît d'avance à me pourvoir Même contre des maux que je ne puis prévoir.

Et lorsque mon Friedel rentre de sa culture, Bien fatigué, pour prendre un peu de nourriture, Je pose devant lui quelque bon plat de lait, Avec un broc de vin qu'il avale au complet.

Je le sers de mon mieux et sans le faire attendre, Tout en le regardant d'un air joyeux et tendre; Et ça lui rend bientôt ses forces. Dieu merci! Que Dieu me garde donc notre domaine aussi!

Que Dieu me garde aussi ma petite chambrette! Je la trouve si douce au cœur et si proprette; C'est comme une cbapelle, en fait de propreté. Tant il y règne d'ordre et de sérénité.

Quand la pluie au debors dégringole à la seille. En noyant au jardin tous mes replants d'oseille; Quand la fenêtre craque et que tout luit dans Pair, Des éclats de la foudre et des feux de l'éclair;

Quand après la Noël, du sommet des montagnes. Janvier répand sa neige, au loin, dans les campagnes,

Couvre de eivrc hianc les petits arbrisseaux,

Et tend ses ponts de «^lace en travers des ruisseaux;

Près de ton poêle alors, chambrette bien aimée, En me sentant au cliaud et si bien enfermée, De rorasTe et du froid je n"ai |)Ius de souci... Dieu veuille me g-arder donc ma clianii)rette aussi!

El pourtant, mon Friedel, si la mort me l'emmène, J'aurai le cimetière alors pour tout domaine. Pour ciiambrette j'aurai six planches sans valeur... Dieu o^arde mon Friedel. hélas! de tout malheur!

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