MOIS DE MA
■ — Enfant, plus de diagrins, plus de sousris moroses. Voici venir le temps des feuilles et des roses : Le joli mois de 3Iai (pii donne à tout buisson Sa verdure, son nid, sa fleur et sa ilianson.
Mets ton thapenn de paille el viens, ô ma chérie! Ton âme de ses maux sera bientôt guérie A voir le ciel si pur et, le Ions: des sentiers, Mille boulons pousser aux jeunes éirlantiers.
Viens, je sais des endroits tout pleins de marguerites Et d'esparcettes et de nos fleurs favorites, De bleus p!iis-je-cotis-rois, que tes mains tresseront En couronne, et qu'après je mettrai sur ton front.
Et là, tout seuls devant la nature splendido. Je me pencherai, moi, sur ton âme candide. Comme on se penche au bord d'un puits clair et
profond.
Pour voir, en plein midi, les étoiles au fond...
Et tu me diras tout, tes rêves et tes leurres; Pourquoi tu ris, pourquoi, bien plus souvent, tu
pleures ; Toi, range de mes jours, toi, dont le regard bleu N''a jamais reflété que la nature et Dieu!
Seize ans ! des cheveux bruns qui tombent sur ta
joue, En grappe somptueuse, où la brise se joue: Et sous tes grands cils noirs, deux yeux tout en
émoi, Qui ne se sont jamais reposés que sur moi...
Oui, sur moi, ton appui; sur moi, ta sauve-garde, Et si fier, en secret, lorsque Ton te regarde, D'avoir à te donner ce nom plein de douceur Où l'amour se transforme en amitié : — 3Ia sœur!
Ainsi jetait le frère à l'enfant sérieuse. Sa parole toujours grave et mystérieuse. Troublé de voir déjà pâlir ce front charmant Sous ce long mal d'aimer qui va tout consumant.
Puis il rêvait tout bas, en s'asseyant près d'elle : — • A quoi bon ces parfums de rose et d'asphodèle Qu'exhale autour de toi ta limpide beauté, A quoi bon cette fleur de grâce et de santé...
A quoi bon ce teint ferme et ce duvet de pêche, A quoi bon ce front pur, si la misère empêche, Empêche, ô mon enfant! qu'un autre, quelque jour, Contre tant de beauté t'apporte un peu d'amour ! —
Et ses yeux s'emplissaient (l'inquiétude amèrc, Car en voyant sa sœur, il pensait à sa mère, Noble femme, depuis hien longtemps au tombeau... Et l'enfant s'écriait par moments: — Que c'est beau!
Que c'est beau, le soleil couchant, mon Dieu! regarde. — Et la brise du soir, agitant par mégarde Le pommier sons lequel ils étaient là tous deux, Il se mit à neiger mille Heurs autour d'eux.