‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 54 sur 59 · LE SERMON DE SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

LE SERMON DE SAINT ANTOINE

(Traduit «I'Abrai'am a Sakta C'i.aka.)

Saint Antoine trouvant un jour Téglise vide, S'en va vers la rivière et prèilie les poissons; Et ceux-ci (le dresser tous une oreille avide, En s'agilant sur Peau de toutes les façons.

Les carpes pleines d'œufs arrivent à la hâte; Elles ouvrent la bouche et tâchent d'écouter... En frisson de plaisir hienlôf leur joie éclate. Jamais prédicateur ne se fit mieux goûter.

Avec leur nez pointu, les brochets, gent vorace, Pour entendre le saint viennent également; Dès Texorde, sur eux semble mordre la grâce. Jamais sermon ne plut si généralement.

La bande fantastique et blême, les morues, Saint gibier tout exprès pour le carême fait, Des premières étaient au signal accourues. Jamais sermon n'obtint un si magique elTet!

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Les anguilles, qu'on voit sur les plus nobles tables, Daignèrent y paraître, ainsi que les saumons; L'on trouva tous les mots du saint irréfutables, Et son sermon, ma foi! le plus beau des sermons.

Les écrevisses même, ainsi que les tortues Si traînardes parfois, accoururent pourtant Aux graves questions par le saint débattues, Et jamais sermon n'eut succès plus éclatant.

Les poissons de tout rang, soif noblesse ou roture, Les gros et les petits, cliacun vint en dressant La tête avec un air de docte créature : Ainsi l'avait réglé l'ordre du Tout-Puissant.

Mais le sermon finit. Chacun retourne au gîte : Le brochet à gruger se remet bravement; L'anguille tout aussi lubriquement s'agite; La morue à maigrir ne songe nullement:

A reculons toujours marchent les écrevisses; La carpe en ap])étil n'est qu'un peu j)liis souvent. Le sermon a Uni: chacun garde ses vices, Et se retrouve après ce qu'il était avant.

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