‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 22 sur 81 · V->aliste, en cet exil j'ai l'âme si gênée · texte numérisé non relu

V->aliste, en cet exil j'ai l'âme si gênée

Qu'au tourment que je souffre il n'est rien de pareil,

Et ne saurois ouïr ni raison ni conseil,

Tant je suis dépité contre ma destinée.

J'ai beau voir commencer et finir la journée, En quelque part des cieux que luise le soleil, Si le plaisir me fuit, aussi fait le sommeil, Et la douleur que j'ai n'est jamais terminée.

Toute la cour fait cas du séjour où je suis, Et pour y prendre goût je fais ce que je puis ; Mais j'y deviens plus sec, plus j'y vois de verdure.

En ce piteux état si j'ai du réconfort, C'est, ô rare beauté, que vous êtes si dure, Qu'autant près comme loin je n'attends que la mort.

sonnet.

(Tour la même. 1608.)

V>'est fait, belle Caliste, il n'y faut plus penser; Il se faut affranchir des lois de votre empire ; Leur rigueur me dégoûte, et fait que je soupire Que ce qui s'est passé n'est à recommencer.

Plus en vous adorant je me pense avancer, Plus votre cruauté, qui toujours devient pire, Me défend d'arriver au bonheur où j'aspire, Comme si vous servir étoit vous offenser.

Adieu donc, ô beauté, des beautés la merveille ; Il faut qu'à l'avenir ma raison me conseille, Et dispose mon âme à se laisser guérir.

Vous m'étiez un trésor aussi cher que la vie ; Mais puisque votre amour ne se peut acquérir, Comme j'en perds l'espoir j'en veux perdre l'envie.

STANCES

Uure contrainte de partir, A quoi je ne puis consentir Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a de pouvoir, Et que tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir !

J'aurai donc nommé ces beaux yeux Tant de fois mes rois et mes dieux Pour aujourd'hui n'en tenir compte, Et permettre qu'à l'avenir On leur impute cette honte De ne m'avoir su retenir?

Ils auront donc ce déplaisir, Que je meure après un désir Où la vanité me convie, Et qu'ayant juré si souvent D'être auprès d'eux toute ma vie, Mes serments s'en aillent au vent ?

Vraiment, je puis bien avouer Que j'avois tort de me louer

Par-dessus le reste des hommes ; Je n'ai point d'autre qualité Que celle du siècle où nous sommes, La fraude et l'infidélité.

Mais à quoi tendent ces discours, O beauté qui de mes amours Êtes le port et le naufrage ?

Ce que je dis contre ma foi, N'est-ce pas un vrai témoignage Que je suis déjà hors de moi?

Votre esprit, de qui la beauté Dans la plus sombre obscurité Se fait une insensible voie, Ne vous laisse pas ignorer Que c'est le comble de ma joie Que l'honneur de vous adorer.

Mais pourrois-je n'obéir pas Au Destin, de qui le compas Marque à chacun son aventure, Puisqu^en leur propre adversité Les Dieux, tout-puissants de nature, Cèdent à la nécessité?

Pour le moins j'ai ce réconfort Que les derniers traits de la mort Sont peints en mon visage blême, Et font voir assez clair à tous, Que c'est m'arracher à moi-même Que de me séparer de vous.

Un lâche espoir de revenir Tache en vain de m'entretenir ;

Ce qu'il me propose m'irrite,

Et mes vœux n'auront point de lieu,

Si par le trépas je n'évite

La douleur de vous dire adieu.

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