‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 35 sur 81 · A MONSIEUR DU MAINE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DU MAINE

Sur ses œuvres spirituelles.

1 u me ravis, du Maine, il faut que je l'avoue, Et tes sacrés discours me charment tellement, Que le monde aujourd'hui ne m'étantplus que boue, Je me tiens profané d'en parler seulement.

Je renonce à l'amour, je quitte son empire, Et ne veux point d'excuse à mon impiété, Si la beauté des cieux n'est l'unique beauté Dont on m'orra jamais les merveilles écrire.

Caliste se plaindra de voir si peu durer

La forte passion qui me faisoit jurer

Qu'elle auroit en mes vers une gloire éternelle ;

Mais, si mon jugement n'est point hors de son lieu, Dois-je estimer l'ennui de me séparer d'elle Autant que le plaisir de me donner à Dieu ?

A LA REINE, MERE DU ROI

Pendant sa régence.

STANCES

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et divin des âmes et des yeux3 Reine le chef-d'œuvre des cieux,

Quels doctes vers me feront avouer Digne de te louer ?

Les monts fameux des vierges que je sers

Ont-ils des fleurs en leurs déserts Qui, s'efforçant d'embellir ta couleur, Ne ternissent la leur ?

Le Thermodon a vu seoir autrefois

Des reines au trône des rois ; Mais que vit-il par qui soit débattu Le prix à ta vertu ?

Certes nos lis, quoique bien cultivés,

Ne s'étoient jamais élevés Au point heureux où les destins amis Sous ta main les ont mis.

A leur odeur l'Anglois se relâchant,

Notre amitié va recherchant ;

Et l'Espagnol, prodige merveilleux !

Cesse d'être orgueilleux.

De tous côtés nous regorgeons de biens,

Et qui voit l'aise où tu nous tiens, De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.

Quelque discord murmurant bassement,

Nous fit peur au commencement ; Mais sans effet presque il s'évanouit, Plus tôt qu'on ne l'ouït.

Tu menaças l'orage paroissant, Et, tout soudain obéissant,

Il disparut comme flots courroucés, Que Neptune a tancés.

Oue puisses-tu, grand soleil de nos jours,

Faire sans fin le même cours, Le soin du ciel te gardant aussi bien Que nous garde le tien !

Puisses-tu voir sous le bras de ton fils Trébucher les murs de Memphis ; Et de Marseille au rivage de Tyr Son empire aboutir !

Les vœux sont grands ; mais avecque raison Oue ne peut l'ardente oraison ?

Et, sans flatter, ne sers-tu pas les Dieux Assez pour avoir mieux ?

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