‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 46 sur 81 · SUR LE MARIAGE DU ROI ET DE LA REINE · texte numérisé non relu

SUR LE MARIAGE DU ROI ET DE LA REINE

iVIopsE, entre les devins l'Apollon de cet âge,

Avoit toujours fait espérer Qu'un soleil qui naîtroit sur les rives du Tage En la terre du lis nous viendroit éclairer.

Cette prédiction sembloit une aventure

Contre le sens et le discours, N'étant pas convenable aux règles de nature Qu'un soleil se levât où se couchent les jours.

Anne, qui de Madrid fut l'unique miracle,

Maintenant l'aise de nos yeux, Au sein de notre Mars satisfait à l'oracle, Et dégage envers nous la promesse des cieux.

Bien est-elle un soleil ; et ses yeux adorables,

Déjà vus de tout l'horizon, Font croire que nos maux seront maux incurables, Si d'un si beau remède ils n'ont leur guérison.

Quoi que l'esprit y cherche, il n'y voit que des Qui le captivent à ses lois ; [chaînes

Certes c'est à l'Espagne à produire des reines, Comme c'est à la France à produire des rois.

Heureux couple d'amants, notre grande Marie

A pour vous combattu le sort ; Elle a forcé les vents et dompté leur furie ; C'est à vous à goûter les délices du port.

Goûtez-les, beaux esprits, et donnez connoissance,-

En l'excès de votre plaisir, Qu'à des cœurs bien touchés tarder la jouissance, C'est infailliblement leur croître le désir.

Les rieurs de votre amour, dignes de leur racine,

Montrent un grand commencement ; Mais il faut passer outre, et des fruits de Lucine Faire avoir à nos vœux leur accomplissement.

Réservez le repos à ces vieilles années

Par qui le sang est refroidi ; Tout le plaisir des jours est en leurs matinées ; La nuit est déjà proche à qui passe midi.

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