‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 47 sur 81 · PROPHÉTIE DU DIEU DE SEINE · texte numérisé non relu

PROPHÉTIE DU DIEU DE SEINE

STANCES (Au maréchal d'Ancre, le jour qu'il fut tué. 1617.)

V a-t'en à la malheure, excrément de la terre, Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre,

Et dont l'orgueil ne connoît point de lois ; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare, Tes jours sont à leur fin, ta chute se prépare,

Regarde-moi pour la dernière fois.

C'est assez que cinq ans ton audace effrontée, Sur des ailes de cire aux étoiles montée,

Princes et rois ait osé défier :

La fortune t'appelle au rang de ses victimes, Et le ciel, accusé de supporter tes crimes,

Est résolu de se justifier.

STANCES (Pour Charles Chabot, comte de Charny.)

.Cnfin ma patience et les soins que j'ai pris

Ont selon mes souhaits adouci les esprits

Dont l'injuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre ;

Cessons de soupirer; Grâces à mon destin, je n'ai plus rien à craindre,

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil dont je suis enflammé Le plus aimable objet qui jamais fut aimé, On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable ;

Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable,

Les Dieux m'ont exaucé.

Naguère que j'oyois la tempête souffler, Que je voyois la vague en montagne s'enfler, Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille,

A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille

D'en être garanti?

Contre mon jugement les orages cessés Ont des calmes si doux en leur place laissés, Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire de l'onde,

Et je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes c'est lâchement qu'un tas de médisans, Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans,

De frivoles soupçons nos courages étonnent ;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent

Ne savent ce qu'il est.

S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement, Et qu'aux appâts du change une âme ne s'envole,

On se peut assurer Ou'il est maître équitable, et qu'enfin il console

Ceux qu'il a fait pleurer.

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