‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 5 sur 81 · A MONSIEUR PERRACHE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR PERRACHE

SONNET

.Le guerrier qui brûlant dans les cieux se rendit, De monstres et de maux dépeupla tout le monde, Arracha d'un taureau la torche vagabonde, Et sans vie à ses pieds un lion étendit ;

Malherbe, i. i

Anthée dessous lui la poussière mordit, Inégal à sa force à nulle autre seconde, Et l'Hydre, si souvent à renaître féconde, Par un coup de sa main les sept têtes perdit.

De tout ce qui troubloit le repos de la terre Le Berlan seulement fut exempt de sa guerre, N'osant par sa vertu poursuivre le bonheur.

Perrache, qui s'émeut d'une sainte colère, L'attaque, le combat, et remporte l'honneur D'avoir fait un travail qu'Alcide n'a su faire.

STANCES

Ch des maux renaissants avec ma patience N'ont pouvoir d'arrêter un esprit si hautain, Le temps est médecin d'heureuse expérience ; Son remède est tardif, mais il est bien certain.

Le temps à mes douleurs promet une allégeance, Et de voir vos beautés se passer quelque jour; Lors je serai vengé, si j'ai de la vengeance Pour un si beau sujet pour qui j'ai tant d'amour.

Vous aurez un mari sans être guère aimée,

Ayant de ses désirs amorti le flambeau ;

Et de cette prison de cent chaînes fermée

Vous n'en sortirez point que par l'huis du tombeau.

Tant de perfections qui vous rendent superbe, Les restes du mari, sentiront le reclus ; Et vos jeunes beautés flétriront comme l'herbe Que l'on a trop foulée et qui ne fleurit plus.

Vous aurez des enfants, des douleurs incroyables, Qui seront près de vous et crieront à l'entour ; Lors fuiront de vos yeux les soleils agréables, Y laissant pour jamais des étoiles autour.

Si je passe en ce temps dedans votre province, Vous voyant sans beauté et moi rempli d'honneur, Car peut-être qu'alors les bienfaits d'un grand Prince Marieront ma fortune avecque le bonheur,

Ayant un souvenir de ma peine fidèle,

Mais n'ayant point à l'heure autant que j'ai d'ennuis,

Je dirai : « Autrefois cette femme fut belle,

Et je fus d'autre fois plus sot que je ne suis. »

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