‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 58 sur 81 · POUR LE MARQUIS DE LA VIEUVILLE · texte numérisé non relu

POUR LE MARQUIS DE LA VIEUVILLE

Surintendant des Finances.

Il est vrai, la Vieuville, et quiconque le nie Condamne impudemment le bon goût de mon roi, Nous devons des autels à la sincère foi Dont ta dextérité nos affaires manie.

Tes soins laborieux et ton libre génie, Qui hors de la raison ne connoit point de loi, Ont mis fin aux malheurs qu'attiroit après soi De nos profusions l'effroyable manie.

Tout ce qu'à tes vertus il reste à désirer,

C'est que les beaux esprits les veuillent honorer,

Et qu'en l'éternité la Muse les imprime.

J'en ai bien le dessein dans mon âme formé; Mais je suis généreux, et tiens cette maxime, Qu'il ne faut point aimer quand on n'est point aimé.

FRAGMENT

JCt maintenant encore en cet âge penchant, Où mon peu de lumière est si près du couchant, Quand je verrois Hélène au monde revenue, En l'état glorieux où Paris l'a connue,

l66 POESIES DE MALHERBE.

Faire à toute la terre adorer ses appas,

N'en étant point aimé, je ne l'aimerois pas.

Cette belle bergère à qui les destinées

Sembloient avoir gardé mes dernières années

Eut en perfection tous les rares trésors

Qui parent un esprit et font aimer un corps.

Ce ne furent qu'attraits, ce ne furent que charmes;

Sitôt que je la vis, je lui rendis les 'armes;

Un objet si puissant ébranla ma raison;

Je voulus être sien, j'entrai dans sa prison,

Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire

Tant que ma servitude espéra du salaire.

Mais comme j'aperçus l'infaillible danger

Où, si je poursuivoisje m'allois engager,

Le soin de mon salut m'ôta cette pensée ;

J'eus honte de brûler pour une âme glacée,

Et, sans me travailler à lui faire pitié,

Restreignis mon amour aux termes d'amitié.

EPIGRAMME

Pour mettre au devant de la Somme théologique du P. Garasse.

.Esprits qui cherchez à médire, Adressez-vous en autre lieu; Cette œuvre est une œuvre de Dieu:

Garasse n'a fait que l'écrire.

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