SUR LA MORT DE SON FILS
VçAje mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, Ce fils qui fut si brave et que j'aimai si fort, Je ne l'impute point à l'injure du sort, Puisque finir à l'homme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle Ait terminé ses jours d'une tragique mort, En cela ma douleur n'a point de réconfort, Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
O mon Dieu, mon Sauveur, puisque par la raison Le trouble de mon âme étant sans guérison, Le vœu de la vengeance est un vœu légitime,
Fais que de ton appui je sois fortifié.
Ta justice t'en prie, et les auteurs du crime
Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
POUR LE ROI
Allant châtier la rébellion des Rochelois, et chasser les Anglois, qui en leur faveur étoient descendus en l'île de Ré.
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête ; Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au Démon de la France Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer, Et n'épargne contre eux pour notre délivrance Ni le feu ni le fer.
Assez de leurs complots l'infidèle malice A nourri le désordre et la sédition.
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines ternies, Et le centième avril les a peintes de fleurs, Depuis que parmi nous leurs brutales manies Ne causent que des pleurs.
Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères, Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien Qu l'inhumanité de ces cœurs de vipères Ne renouvelle au tien?
Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes, Tant de grands bâtiments en masures changés, Et de tant de chardons les campagnes couvertes, Oue par ces enragés ?
Les sceptres devant eux n'ont point de privilèges ; Les Immortels eux-même en sont persécutés, Et c'est aux plus saints lieux que leurs mains saeri- Font plus d'impiétés. [léges
Marche, va les détruire ; éteins-en la semence , Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux, Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître, Beau d'un' soin assidu travailler à leurs forts, Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroître Le jour entre les morts.
Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre; Il suffit que ta cause est la cause de Dieu, Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu.
Richelieu, ce prélat de qui toute l'envie Est de voir ta grandeur aux Indes se borner, Et qui visiblement ne fait cas de sa vie Que pour te la donner.
Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée ; Nuls divertissements ne l'appellent ailleurs, Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée Il en a de meilleurs
Son âme toute grande est une âme hardie, Qui pratique si bien l'art de nous secourir, Que pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.
Le ciel, qui doit le bien selon qu'on le mérite, Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté, Par un autre présent n'eût jamais été quitte Envers ta piété.
Va, ne diffère plus tes bonnes destinées ; Mon Apollon t'assure, et t'engage sa foi, Qu'employant ce Tiphys, Syrtes et Cyanées Seront havres pour toi..
Certes, ou je me trompe, ou déjà la Victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend. Est aux bords de Charente en son habit de gloire, Pour te rendre content.
Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : ce Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher, Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire, Il est temps de marcher. »
Que sa façon est brave et sa mine assurée ! Qu'elle a fait richement son armure étoffer î Et qu'il se connoît bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher !
Telle en ce grand assaut où des fils de la terre La rage ambitieuse à leur honte parut, Elle sauva le ciel, et rua le tonnerre Dont Briare mourut.
Déjà de tous côtés s'avançoient les approches ; Ici couroit Minas ; là Typhon se battoit ; Et là suoit Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetoit.
A peine cette Vierge eut l'affaire embrassée, Qu'aussitôt Jupiter, en son trône remis, Vit selon son désir la tempête cessée, Et n'eut plus d'ennemis.
Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre, Et tous couverts des monts qu'ils avoient arrachés ; Phlégre, qui les reçut, pût encore la foudre Dont ils furent touchés.
L'exemple de leur race à jamais abolie Devoit sous ta merci tes rebelles ployer; Mais seroit-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer?
Déjà l'étonnement leur fait la couleur blême; Et ce lâche voisin qu'ils sont allés quérir, Misérable qu'il est, se condamne lui-même A fuir ou mourir.
Sa faute le remord; Mégère le regarde, Et lui porte l'esprit à ce vrai sentiment, Que d'une injuste offense il aura, quoiqu'il tarde, Le juste châtiment. '
Bien semble être la mer une barre assez forte Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu; Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et ta vertu ?
Neptune, importuné de ses voiles infâmes, Comme tu paroîtras au passage des flots, Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames, Et soient tes matelots.
Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves, Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.
Par cet exploit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois; Et le monde croira, s'il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.
O que pour avoir part en si belle aventure Je me souhaiterois la fortune d'Eson, Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison !
De quel péril extrême est la guerre suivie, Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?
Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque; Celle-ci porte seule un éclat radieux, Qui fait revivre l'homme, et le met de la barque A la table des Dieux.
Mais quoi ? tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir, Que sont-ce que regrets, quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir?
Malherbe. 12
Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins diligents; Mars est comme l'Amour : ses travaux et ses peines Veulent de jeunes gens.
Je suis vaincu du temps ; je cède à ses outrages ; Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur, A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.
Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ; Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours.
Ce que j'en ai reçu, je veux te le produire ; Tu verras mon adresse, et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rois.
Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne, Soit que de tes bontés je la fasse parler, Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler ?
Le fameux Amphion, dont la voix nonpareille, Bâtissant une ville étonna l'univers, Quelque bruit qu'il ait eu, n'a point fait de merveille Que ne fassent mes vers.
Par eux de tes beaux faits la terre sera pleine , Et les peuples du Nil, qui les auront ouïs, Donneront de l'encens, comme ceux de la Seine, Aux autels de Louis.
FRAGMENT
(Sur la prise prochaine de La Rochelle, 1628.)
.Enfin mon Roi les a mis bas
Ces murs qui de tant de combats
Furent les tragiques matières ; La Rochelle est en poudre, et ses champs désertés
N'ont face que de cimetières Où gisent les Titans qui les ont habités.