‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 66 sur 81 · POUR LA GUERISON DE CHRYSANTHE · texte numérisé non relu

POUR LA GUERISON DE CHRYSANTHE

STANCES

.Les destins sont vaincus, et le flux de mes larmes De leur main insolente a fait tomber les armes; Amour en ce combat a reconnu ma foi; Lauriers, couronnez-moi.

Quel penser agréable a soulagé mes plaintes, Quelle heure de repos a diverti mes craintes, Tant que du cher objet en mon âme adoré Le péril a duré ?

J'ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques De n'être point sujette à l'outrage des Parques; Mais quel espoir de bien en l'excès de ma peur

N'estimois-je trompeur?

Aujourd'hui c'en est fait, elle est toute guérie, Et les soleils d'avril peignant une prairie, En leurs tapis de fleurs n'ont jamais égalé Son teint renouvelé.

Je ne la vis jamais si fraîche ni si belle; jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle, Et ne pense jamais avoir tant de raison De bénir ma prison.

Dieux, dont la providence et les mains souveraines, Terminant sa langueur, ont mis fin à mes peines, Vous saurois-je payer avec assez d'encens L'aise que je ressens?

Après une faveur si visible et si grande, Je n'ai plus à vous faire aucune autre demande; Vous m'avez tout donné, redonnant à mes yeux Ce chef-d'œuvre des cieux.

Certes vous êtes bons, et combien que nos crimes Vous donnent quelquefois des courroux légitimes, Quand des cœurs bien touchés vous demandent se- Ils l'obtiennent toujours. [cours,

Continuez, grands Dieux, et ne faites pas dire, Ou que rien ici-bas ne connoît votre empire, Ou qu'aux occasions les plus dignes de soins Vous en avez le moins.

Donnez-nous tous les ans des moissons redoublées, Soient toujours de nectar nos rivières comblées; Si Chrysanthe ne vit et ne se porte bien, Nous ne vous devons rien.

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