‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 7 sur 81 · POUR MONSIEUR DE MONTPENSIER · texte numérisé non relu

POUR MONSIEUR DE MONTPENSIER

A Madame, devant son mariage.

STANCES

IJeau ciel par qui mes jours sont troubles ou sont

calmes, Seule terre où je prends mes cyprès et mes palmes, Catherine, dont l'œil ne luit que pour les Dieux, Punissez vos beautés plutôt que mon courage, Si, trop haut s'élevant, il adore un visage Adorable par force à quiconque a des yeux.

Je ne suis pas ensemble aveugle et téméraire, Je connois bien l'erreur que l'amour m'a fait faire, Cela seul ici-bas surpassoit mon effort ; Mais mon âme qu'à vous ne peut être asservie, Les destins n'ayant point établi pour ma vie Hors de cet Océan de naufrage ou de port. Malherbe, i. 2

Beauté par qui les Dieux, las de notre dommage, Ont voulu réparer les défauts de notre âge, Je mourrai dans vos feux, éteignez-les ou non, Comme le fils d'Alcmène, en me brûlant moi-même;

11 suffit qu'en mourant dans cette flamme extrême Une gloire éternelle accompagne mon nom.

On ne doit' point sans sceptre aspirer où j'aspire : C'est pourquoi, sans quitter les lois de votre empire, Je veux de mon esprit tout espoir rejeter. Qui cesse d'espérer, il cesse aussi de craindre, Et sans atteindre au but où l'on ne peut atteindre, Ce m'est assez d'honneur que j'y voulois monter.

Je maudis le bonheur où le ciel m'a fait naître, Qui m'a fait désirer ce qu'il m'a fait connoître ; Il faut ou vous aimer ou ne vous faut point voir. L'astre qui luit aux grands en vain à ma naissance Epandit dessus moi tant d'heur et de puissance, Si pour ce que je veux j'ai trop peu de pouvoir.

Mais il le faut vouloir, et vaut mieux se résoudre En aspirant au ciel être frappé de foudre, Ou'aux desseins de la terre assuré se ranger. J'ai moins de repentir, plus je pense à ma faute, Et la beauté des fruits d'une palme si haute Me fait par le désir oublier le danger.

AU ROI HENRI LE GRAND

Sur la prise de Marseille.

.Enfin, après tant d'années, Voici l'heureuse saison Où nos misères bornées Vont avoir leur guérison.

Les Dieux, longs à se résoudre, Ont fait un coup de leur foudre Qui montre aux ambitieux Que les fureurs de la terre Ne sont que paille et que verre A la colère des cieux.

Peuples, à qui la tempête A fait faire tant de vœux, Quelles fleurs à cette fête Couronneront vos cheveux?

Quelle victime assez grande Donnerez-vous pour offrande ?

Et quel Indique séjour Une perle fera naître D'assez de lustre, pour être La marque d'un si beau jour?

Cet effroyable colosse, Casaux, l'appui des mutins, A mis le pied dans la fosse Que lui cavoient les destins.

Il est bas, le parricide ; Un Alcide fils d'Alcide, A qui la France a prêté Son invincible génie, A coupé sa tyrannie D'un glaive de liberté.

Les aventures du monde Vont d'un ordre mutuel , Comme on voit au bord de l'onde Un reflux perpétuel.

L'aise et l'ennui de la vie Ont leur course entre-suivie Aussi naturellement Oue le chaud et la froidure, Et rien, afin que tout dure, Ne dure éternellement.

Cinq ans Marseille, volée A son juste possesseur, Avoit langui désolée Aux mains de cet oppresseur. Enfin le temps l'a remise En sa première franchise, Et les maux qu'elle enduroit Ont eu ce bien pour échange, Qu'elle a vu parmi la fange Fouler ce qu'elle adoroit.

Déjà tout le peuple More A ce miracle entendu ; A l'un et l'autre Bosphore Le bruit en est répandu ; Toutes les plaines le savent Oue l'Inde et l'Euphrate lavent ;

Et déjà, pâle d'effroi, Memphis se pense captive, Voyant si près de sa rive Un neveu de Godefroi.

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Ooit que, de tes lauriers la grandeur poursuivant, D'un cœur où l'ire juste et la gloire commande Tu passes comme un foudre en la terre Flamande, D'Espagnols abattus la campagne pavant ;

Soit qu'en sa dernière tête

L'Hydre civile t'arrête,

Roi, que je verrai jouir

De l'Empire de la terre,

Laisse le soin de la guerre,

Et pense à te réjouir.

Nombre tous les succès où ta fatale main, Sous l'appui du bon droit aux batailles conduite, De tes peuples mutins la malice a détruite, Par un heur éloigné de tout penser humain ;

Jamais tu n'as vu journée

De si douce destinée ;

Non celle où tu rencontras,

Sur la Dordogne en désordre,

L'orgueil, à qui tu fis mordre

La poussière de Coutras.

Casaux, ce grand Titan qui se moquoit des cieux^ A vu par le trépas son audace arrêtée, Et sa rage infidèle, aux étoiles montée, Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.

Ce dos chargé de pourpre et rayé de clinquants A dépouillé sa gloire au milieu de la fange, Les Dieux qu'il ignoroit ayant fait cet échange Pour venger en un jour ses crimes de cinq ans. La mer en cette furie A peine a sauvé Dorie ; Et le funeste remords Que fait la peur des supplices A laissé tous ses complices Plus morts que s'ils étoient morts.

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