ALCANDRE PLAINT LA CAPTIVITE DE SA MAITRESSE
STANCES
QUE d'épines, Amour, accompagnent tes roses! Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses A la merci du sort!
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire! Et qu'il est malaisé de vivre en ton empire. Sans désirer la mort!
Je sers, je le confesse, une jeune merveille, En rares qualités à nulle autre pareille.
Seule semblable à soi; Et, sans faire le vain, mon aventure est telle. Que de la même ardeur que je brûle pour elle,
Elle brûle pour moi.
Mais parmi tout cet heur, ô dure Destinée!
Que de trafiques soins, comme oiseaux de Phinée,
Sens- je me dh'orer!
Et ce que je supporte avecqne patience, Ai-je quelque ennemi, s'il n'est sans conscience,
Oui le vît sans pleurer?
La mer a tnoins de vents qui ses vagues irritent. Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent
D'un funeste dessein ; Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre; Et si l'enfer est fable au centre de la terre.
Il est vrai dans mon sein.
Depuis que le soleil est dessus l'hémisphère.
Qu'il monte, ou qu'il descende, il ne me voit rien faire
Que plaindre et soupirer ; Des autres actions j'ai perdu la coutume. Et ce qui s'offre à moi, s'il n'a de l'amertume.
Je ne puis l'endurer.
Comme la nuit arrive, et que par le silence, Qui fait des bruits du jour cesser la violetue.
L'esprit est relâché, Je vois de tous côtés sur la terre et sur l'onde. Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde,
Et n'en suis point touché.
S'il m'advient qiulqtiefois de clore les paupières, Aussitôt ma douleur eu nouvelles matières
Fait de nouveaux efforts; Et de quelqre souci qu'en veillant je me ronge. Il ne me trouble point comme le meilleur songe
Que je fais qtuind je dors.
Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparoit à l'autel, oh comme une victime
On la veut égorger; Tantôt je nu la vois d'un pirate ravie; Et tantôt la fortune abandonne sa vie
A quelque autre danger.
En ces extrémités la pauvrette s'écrie :
« Alcamire, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie.
Du malheur oit je suis. »
La fureur me saisit, je mets la main aux armes; Mais son destin m'arrête, et lui donner des larmes.
C'est tout ce que je puis.
Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure. Pour une affection que je veux qui me dure
Au delà du trépas; Tout ce qui me la blâtne offense mon oreille. Et qui veut m'affliger, il faut qu'il nu conseille
De ne m'affliger pas.
On me dit qu'à la fin toute chose se change.
Et qu'avecque le temps les beaux yeux de mon Ange
Reviendront m' éclairer ; Mais voyant tous les jours ses chaînes se rétraindre. Désolé que je suist que ne dois-je point craindre.
Ou que puis- je espérer?
Non, non, je veux mourir; la raison m'y convie; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie
Ne peut être plus beau ; Et le sort qui détruit tout ce qiu je consulte. Me fait voir asse^ clair que jamais ce tumulte
N'aura paix qu'au tombeau.
Ainsi le grand Akandre aux campagnes de Seine Faisait, loin de thtwins, le récit de sa peine,
Et se fondait en pleurs ; Le fleuve en fut ému; ses Nymphes se cachèrent; Et l'herbe du rivage, où ses larmes touchèrent,
Perdit toutes ses fleurs.
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STANCES
OUE n'êtes-vous lassées.
Mes tristes pensées.
De troubler ma raison?
Et faire avecque blâme
Rebeller mon âme Contre nui guérison?
Que tu cessent mes larmes.
Inutiles armes?
Et que note des deux La fatale ordonnance
A ma souvenance Ce qu'elle ôte à mes yeux?
O beauté nonparriUe,
Ma chère merveille.
Que le rigoureux sort Dont vous m'êtes ravie
Aimerait ma vie S'il m'envoyait la mort!
Quelles pointes de rage Ne sent mon courage,
De voir que le danger
En vos ans les plus tendres Menace vos cendres
D'un cercueil étranger?
Je m'impose silence
En la violence Que méfait le malheur ; Mais j'accrois mon martyre;
Et n'oser rien dire M'est douleur sur douleur.
Aussi suis-je un squelette;
Et la violette, Qu'un froid hors de saison, ' Ou le soc a toucha,
De ma peau séchée Est la comparaison.
Dieux, qui les destinées
Les plus obstinées Tourne:(^ de mal en bien.
Après tant de tempêtes
Mes justes requêtes N'obtiendront-elles rien ?
Avei'Vous eu les titres
D'absolus arbitres De l'état des mortels.
Pour être inexorables
Quand les misérables Implorent vos autels!
Mon soin n'est point de faire En l'autre hémisphère
Voir mes actes guerriers ;
Et jusqu'aux bords de l'onde Où finit le momie,
Acquérir des lauriers.
Deux beaux yeux sont l'empire Pour qui je soupire ;
Sans eux rien ne m'est doux;
Do7ine:^-nioi cette joie Que je les revoie,
Je SUIS Dieu comme vous.
LU