‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 13 sur 53 · PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII

LES funestes complots des âmes forcenées, Qui pensoient triompher de mes jeunes années. Ont d'uu commun assaut mon repos offensé. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire,

Certes je le puis dire; Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé.

J'étois dans leurs filets ; c'était fait de nui vie ; Leur funeste rigueur qui l'avait poursuivie; Méprisait le conseil de revenir à soi; Et le contre aiguisé s'imprime sur la terre

Moins avant, que leur guerre N'espéroit imprimer ses outrages sur moi.

Dieu, qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle, Me témoignant contre eux sa bonté pateinelle,

A selon mes souhaits terminé mes douleurs. Il a rompu leur piège, et de quelque artifice

Qu'ait usé leur malice.

Ses mains qui peuvent tout m'ont dégagé des leurs.

La gloire des méchants est pareille à cette herbe Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe. Croît sur le toit pourri d'une vieille maison ; On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née,

Et vivre une journée Est réputé pour elle une longue saison.

Bien est-il malaisé que l'injuste licence Qu'ils prennent chaque jour d'affliger l'innocence En quelqu'un de leurs vœux ne puisse prospéra- ; Mais tout incontinent leur bonheur se retire,

Et leur honte fait rire Ceux que leur insolence avait fait soupirer.

Lin

CHANSON

ILS s'en vont, ces rois de ma vie.

Ces yeux, ces beaux yeux, Dont l'éclat fait pâlir d'envie

Ceux même des deux.

Dieux amis de l'innocence,

Qu'ai-jefait pour mériter

Les ennuis où cette absence

Me va précipiter?

Elle s'en va cette meri'eille.

Pour qui nuit et jour.

Quoi que la raison me conseille,

Je brûle d'amour.

Dieux amis, etc.

En quel effroi de solitude

Asse:^ écarté, Mettrai-je mon inquiétude

En sa liberté?

Dieux amis, etc.

Les affligés ont en leurs peines

Recours à pleurer; Mais quand nus yeux seraient fontaines.

Que puis- je espérer?

Dieux amis, etc.

SONNET

CELLE qu'avait Hymen à mon cœur attachée. Et qui fut ici-bas ce que j'aimai le mieux, pliant changer la terre à de plus dignes lieux. Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée. Ainsi j ut abattu ce chef-d'œuvre des deux ; Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux, Veau qiu versent les miens n'est jamais étanchée.

Ni prières, ni vœux ne m'y purent servir; La rigueur de la mort se voulut assouvir. Et mon affection n'en put avoir dispense.

Toi dont la piété vient sa toinle honorer, Pleure mon infortune, et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.

Belle âme qui fus mon flambeau, Reçois rhonneur qu'en ce tombeau Je suis obligé de te rendre; Ce que je fais te sert de peu; Mais, au moins, tu vois en la cendre Comme j'en conserve le feu.

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