‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 14 sur 106 · CHANT HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHANT HUITIÈME

ARGUMENT

anterne magique. Progrès du christianisme ; Son esprit et ses heureux effets.

à wi] NGEs et saints, vous tous dont le courage “AM Exécutant les décrets des mortels, M'a des païens assuré l'héritage,

Dans cet Olympe élevez mes autels

De Jupiter l’antique cathédrale

Du paradis sera la succursale.

Nous passerons, pour éviter l’ennui,

De l’un à l’autre : et gardez-vous de croire Que nos rivaux, quêtant un vain appui, Pourront sur nous ressaisir la victoire.

De vos succès sans crainte jouissez.

L'homme nous veut, nos destins sont fixés De l'avenir pour moi la nuit est claire, Noire pour vous; par grâce singulière,

En ce moment je vous égale aux dieux.

Approchez donc ; regardez sur la terre, Et l’avenir va passer sous vos yeux. »

Du beau nuage où sa grandeur repose, Ainsi parlait le Dieu fort et vengeur, Et sur l’Olympe il planait en vainqueur.

Sa voix alors de trois tons se compose.

L'un grave et sourd l’autre doux, l’autre aigu ; L'accord parfait fut au loin entendu.

Voir l’avenir ne se refuse guère.

Les curieux viennent de toutes parts ; Sur notre monde ils fixent leurs regards.

Jésus reprend: « Toi dont la vie est claire, Pure et sonore, approche, Gabriel ; Choisis les faits; en quelques mots explique Ce qui là-bas intéresse le ciel ; Et montre-leur la lanterne magique.

GABRIEL

De Constantin voyez les successeurs :

Voyez leur cour. Déjà d’habiles prêtres, Souples, rétifs, menacants ou flatteurs, Troublent l'empire, et de leurs lâches maîtres Au nom du ciel dirigent les fureurs.

Grâce à leurs soins de la théologie Partout s’étend l’inquiète manie.

Ce goût bientôt se change en passion.

Chacun épluche, altère, embrouille, explique Des livres saints le texte inauthentique.

D'in-folios quelle profusion !

Au sens commun quel déluge d’outrages | On argumente ; et les antres du Nord Par millions vomissent des sauvages, Dont la valeur et le subit effort Sur tout l'empire étendent les ravages.

D — Mais pour qui donc, insouciants chrétiens, Aiguisez-vous ces sabres et ces lances ?

Pour qui ces fers, ces bûchers, ces potences ? Pour les Goths? Non, pour les seuls Ariens, Il faut du sang à leur pieuse rage.

Voyez ces murs sous l’herbe ensevelis :

Voyez ces champs, ces fertiles pays

Livrés au meurtre, aux flammes, au pillage :

De ces enfants contemplez le carnage :

C’est pour un mot que lon massacre ainsi.

JÉSUS=CHRIST Pour moi ce mot à beaucoup d'importance ; Il compromet ma divine substance.

SAINT GUIGNOLET Tuons, tuons.

JÉSUS-CHRIST Nestorius aussi Invente un mot et double ma personne. Par Eutychès il se voit réfuté.

Mais Eutychès, par son zèle emporté, Sur ma nature aussitôt déraisonne ; Car j'ai ai deux.

LE PÈRE Quel galimatias !

JÉSUS-CHRIST Une est déjà bien difficile à croire ; Moi j'en ai deux: on ne se refait pas.

UN ÉVÊQUE Tuons, tuons ; l’hérésie est notoire.

GABRIEL

Ces disputeurs par d’autres sont suivis.

LE PÈRE

De leurs débats quel est le nouveau texte ? | Toujours Jésus. 1 LE PÈRE L

Conviens-en mon cher fils ;

Dans ta nature ils trouvent un prétexte :

Tu n’es pas clair. | JÉSUS-CHRIST

L’êtes-vous plus que moi ? | LE PÈRE | Non; mais enfin ils s’acharnent sur toi. À

JÉSUS-CHRIT

Ils savent bien qu’en nous tout est mystère ; Que prétend donc leur regard téméraire ?

GABRIEL

De vous comprendre ils se flattent en vain.

L'un d'eux s’écrie : Il est autour du pain.

On lui répond : C’est à côté du pain.

Non, dit un autre, il se tient sous le pain.

Vous vous trompez tous trois, c’est sur le pain Qu’il est assis, ajoute un quatrième.

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UN ARCHEVÊQUE Tuez, tuez, cela répond à tout.

LE SAINT-ESPRIT

Voulez-vous donc, ennemi de vous-même, De la dispute anéantir le goût?

L'opinion qui n’est pas contredite

À moins de force : il nous faut des martyrs, Il faut de l’homme occuper les loisirs.

Que sur ma Bible il travaille et s’agite.

De mes écrits le sens mystérieux

Exercera son esprit curieux.

CHANT VIIL

Disparaissez, petits auteurs de Grèce,

Disparaissez, petits auteurs romains, Qu’étudiait la crédule jeunesse,

Et que l’erreur osa nommer divin :

Seul je le suis, et l’humaine sagesse

Est sous mes pieds. Quoi! le cèdre orgueilleux | Sur le Liban domine et touche au cieux, Et du chiendent l’on parlerait encore !

Ils sont jolis ces tortueux ruisseaux

Qui sous les fleurs glissent leur faibles eaux !

Mais un torrent en passant les dévore.

J'ai mis un terme à la nuit de l’erreur :

Cachez-vous donc allumettes, chandelles, L’astre du jour dans toute sa splendeur Vient effacer vos pâles étincelles.

JÉSUS-CHRIST

Cher Saint-Esprit, vous avez de l'esprit; Mais cet esprit souvent touche à l’emphase, C’est un esprit qui court après la phrase, Qui veut trop dire et presque rien ne dit :

Vous n’avez pas un psaume raisonnable.

L'esprit qui pense et juge sainement,

Qui parle peu, mais toujours clairement Et sans enflure, est l'esprit véritable.

GABRIEL

Voyez comment avec rapidité

Des porte-frocs l'espèce multiplie.

Leur turbulence et leur oisiveté Troublent l'Egypte et la mineure Asie.

Le capuchon se ligue avec les rois.

Puissant en Grèce il convoite à la fois Et l'Italie, et la Gaule, et l'Espagne.

Tantôt hardi, fier et dictant des lois.

D Nr = —

Tantôt timide, hypocrite et sournois, Il suit son plan, et du terrain il gagne.

LE PÈRE Tu ris, mon fils ?

JÉSUS-CHRIST

Oui : chaque nation De notre foi prend le signe céleste; Je l’avouerai quoique simple et modeste, J’ai quelques grains de noble ambition, Et dominer sera ma passion.

LA VIERGE

À vos succès mon sexe contribue ;

Mais du triomphe il n’a point à rougir.

Il convertit en donnant du plaisir ;

Il persuade, et jamais il ne tue.

Voyez Clotilde ; en sortant de ses bras, L’heureux Clovis accepte le baptême.

Chez les Anglais nous triomphons de même, Berthe la brune, et ses jeunes appas,

Ont d’Ethelbert dissipé les scrupules.

Partout, en tout, les amants sont crédules.

GABRIEL

Leur jeune fils au trône parvenu, Porte la main sur le fruit défendu, Et de sa sœur il fait une maîtresse.

LE PÈRE Ah ! libertin !

GABRIEL Un prêtre vertueux Avec aigreur gourmande sa hautesse.

Et de l'enfer lui promet tous les feux.

« Quoi ! pour si peu, dit-il, plus d’eau bénite ?

Les dieux du Nord ne sont pas si méchants. »

Il revient donc à ces dieux indulgents ; :

Son peuple entier et l’approuve et l’imite.

Le temps enfin refroidit son amour.

Un moine alors, au milieu de sa cour, L’aborde, et dit: « De votre apostasie

Le ciel s’irrite, et c’est moi qu’il châtie.

— Comment cela ? — Saint Pierre, cette nuit.

Dans ma cellule est descendu sans bruit:

Un lourd bâton jouait dans ses mains sèches.

Des coups nombreux dont il m’a surchargé, Voyez, seigneur, les marques encore fraîches. Je n’en puis plus, et le ciel est vengé.

— Tu ne mens point ? — Comptez les meurtrissures. — Oui, je les vois. Rentre dans ton couvent, Et de saint Pierre apaisons les murmures, Aux dieux du Nord je tiens peu maintenant, Je les renie, et je cours à ta messe.

Son peuple entier l'approuve et se confesie.

LE PÈRE Pendant la nuit aller briser un dosl Rien de plus gai. Mais dis-nous donc, saint Pierre, Est-ce bien toi dont la main familière De ce vieux moine a fracassé les os ?

SAINT PIERRE Oui, Seigneur Dieu.

LE PÈRE Tu n’es pas raisonnable.

Le dos du roi me paraît seul coupable :

C'était au roi qu’il fallait du bâton.

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