‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 44 sur 106 · TABLEAU XVII · texte numérisé non relu

TABLEAU XVII

« De Myrtis que la voix est tendre !

Il approche, et n’a pu me voir:

Sous cet arbre il viendra s’asseoir; Je veux me cacher et l’entendre. »

La jeune bergère, à ces mots, Sur l’arbre monte avec adresse, Et disparaît dans les rameaux.

Le berger sous leur voûte épaisse Bientôt arrive, et les échos Répètent ses accents nouveaux :

« Un oiseau venu de Cythère Se cache, dit-on dans ce bois.

Sa voix est touchante et légère, Et son bec embellit sa voix.

» Les chasseurs sont à sa poursuite.

Mille fois heureux son vainqueur | Mais il craint la cage, et l’évite; Et c’est lui qui prend l’oiseleur.

» Jeune oiseau, ton joli plumage Fait naître l’amoureux désir ; Et pour moi, dans l’épais feuillage, Tu seras l’oiseau du plaisir. »

Il dit, et sur l'arbre s’élance :

La bergère ne pouvait fuir, Et le rire était sa défense :

Au vainqueur il faut obéir.

Quelques Nymphes de ce bocage

Du même arbre cherchent l’ombrage ; Mais le bruit des baisers nouveaux Se perd dans le confus ramage

Des fauvettes et des moineaux.

TABLEAU XVTII

« Ma fidélité conjugale

Trop longtemps regretta Tithon ; Trop longtemps j'ai pleuré Céphale, Egis et le jeune Orion.

La douleur flétrirait mes charmes.

Revenez, amoureux désirs !

Les roses naissent de mes larmes ; Elles naîtront de mes désirs. »

À ces mots, la galante Aurore

De Myrtis, qui sommeille encore, Hâte le paresseux réveil.

Elle a quitté son char vermeil ;

Sur sa tête brille une étoile ;

Un safran pur et précieux

Colore sa robe et son voile.

L'amour est peint dans ses beaux yeux.

L’humble lit du berger timide La reçoit; Ô douces faveurs !

Sous elle le feuillage aride Renaît et la couvre de fleurs

244 LES DÉGUISEMENTS

Page 1