‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 45 sur 106 · TABLEAU XIX · texte numérisé non relu

TABLEAU XIX

L'amour ne connaît point la crainte.

Du bois Myrtis franchit l’enceinte ; Il s’y cache, et voit s'approcher Celle qu’il ose ainsi chercher.

Ses traits sont purs; la violette S’entrelace à la bandelette

Qui couronne son front serein.

Sur sa longue robe de lin

Descend une courte tunique ;

Son regard est doux et pudique.

Myrtis paraît, elle rougit;

Il prévient sa fuite, et lui dit :

« De Minerve jeune prêtresse,

Mes yeux te suivaient à l'autel.

J'ai vutes mains à la Déesse

Offrir un encens solennel...

— Fuis. — Ne sois pas inexorable.

— Fuis donc ! — Avec toi je fuirai.

— Des fers attendent le coupable Qui profane ce bois sacré.

— Ta bouche menace et soupire.

Imprudent | je plains ton délire :

Crains le trépas, retire-toi.

__ Non. — Minerve, protège-moi. »

Mot fatal ! son âme alarmée

Le rétracte, mais vainement ; Entre les bras de son amant

Elle est en myrte transformée.

Il recule, saisi d'horreur ;

Il doute encor de son malheur ; D’une voix éteinte il appelle

La jeune vierge ; avec frayeur Il touche l'écorce nouvelle ; Ses pleurs coulent, et sa douleur Maudit la Déesse inflexible.

Dans le bois il entend du bruit; Il embrasse l’arbre insensible, S’éloigne, revient, et s'enfuit.

Page 1