TABLEAU XXI
Des Dieux la prompte messagère Part, vole, se montre à Myrtis, Et dit: « La reine de Cythère Parut la plus belle à Pâris :
L'heureuse pomme fut pour elle; Mais entre Junon et Pallas Toujours subsiste la querelle, Et c’est toi qui les jugeras. »
En parlant ainsi la Déesse
Est debout snr son arc brillant.
Myrtis contemple sa jeunesse,
Ses yeux d’azur, son front riant,
L'or de sa baguette divine,
Les perles de ses bracelets,
Et l’écharpe flottante et fine
Qui voile à demi ses attraits.
« Pourquoi gardes-tu le silence ?
Reprend-elle : réponds, Myrtis; Le refus serait une offense.
— Disputez-vous aussi le prix?
— Je le pourrais; j'ai quelques charmes.
— Voyons. — Promets-tu le secret ?
— Oui, — Je crains. — Soyez sans alarmes.
— Eh bien, juge ; mais sois discret.
— Ce voile à vos pieds doit descendre.
Ce n’est pas tout ; la volupté
Embellit encor la beauté,
Et le prix est pour la plus tendre.
L’'immortel baisse les yeux,
Repousse la main qui la touche,
Aux baisers dérobe sa bouche,
Et tombe sur l'arc radieux.
TALEAU XXII
Assise sur un faisceau d'armes Recouvert d’un léger tapis,
Aux regards de l’heureux Myrtis Pallas abandonne ses charmes.
LES DÉGUISEMENTS
Le berger hésite, et pourtant Ecarte d’une main timide
Son casque à panache flottant,
Sa lance d’or et son égide.
La cuirasse tombe à son tour,
Et même la blanche tunique.
De Pallas la beauté pudique Vainement éveille l’amour ; Jamais il n’obtint de retour.
Le berger étonné l’admire,
Mais affecte un calme trompeur.
La Déesse voit sa froideur.
Prend sa main, doucement l’attire, Le recoit dans ses bras, soupire, Et prudente elle répétait :
« On me croit sage; sois discret. »