‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 50 sur 106 · TABLEAU XXVI · texte numérisé non relu

TABLEAU XXVI

Rêveuse et doucement émue,

Elle arrive dans le bosquet

Où de Vénus est la statue,

À ses pieds dépose un bouquet, Et dit: « O Cypris, je t'implore ; Protège-moi contre ton fils,

Pour lui je suis trop jeune encore:

Je ne veux point aimer Myrtis. »

Quelques jours après, sa jeunesse De l’amour craint moins les douceurs, D'un feston de myrte et de fleurs

Elle couronne la Déesse,

Disant : « Vois mon trouble secret :

J'aime, apprends-moi comment on plait. »

Elle revient, et le sourire

Ouvre sa bouche qui soupire :

« Il m'aime 6 propice Vénus !

Seule à ses regards je suis belle ;

Mais je veux par quelques refus Irriter sa flamme nouvelle. »

Une guirlande sous sa main

Se déploie ; et de la statue,

Que le ciseau fit belle et nue,

Elle couvrait. Myrtis soudain

Du feuillage sort et s’écrie :

« Ne couvre rien, ma jeune amie; Crains Vénus. » Sans force et sans voix, Elle rougit, chancelle, glisse ;

Et la guirlande protectrice

Reste inutile entre ses doigts.

Page 1