UN
Jeune et mignonne, Et la friponne Deux fois sourit.
De limprudente
La voix brillante Osait chanter
Et répéter Chanson menteuse Contre l’amour, Contre l’amour Qui doit un jour La rendre heureuse.
Le long du bois
Je fais silence
Et je m’avance
En tapinois ;
Puis je m’arrête, Et sur sa tête Faisant soudain Pleuvoir les roses, Qui sous ma main S’offraient écloses :
« Salut à vous, Mon inhumaine, N'ayez courroux Qu’on vous surprenne.
À vos chansons »
Nous vous prenons Pour Philomèle.
Aussi bien qu’elle Vous cadenciez, Ma toute belle :
Mais mieux feriez, Si vous aimiez
Aussi bien qu’elle. »
— « J'ai quatorze ans, Répond Nicette ; Suis trop jeunette Pour les amants. »
— « Crois-moi, ma chère, Quant on sait plaire, On peut aimer.
Plaire, charmer, Surtout aimer,
C’est le partage, C'est le savoir
Et le devoir
Du premier âge. »
— « Oui; mais cet âge, Du moins chez vous, Est dans ses goûts Toujours volage.
Sur un buisson
Le papillon
Voit-il la rose:
Il s’y repose.
Est-il heureux :
Amant frivole, Soudain il vole
A d’autres jeux.
Mais la pauvrette, Seule et muette,
Ne peut voler.
Ici la belle
Voulait parler
Pour désoler
Mon cœur fidèle ; Mais un soupir