LIVRE III
De tes cheveux le ruban se dénoue, Et du corset les liens sont rompus.
Ah ! garde-toi de ressaisir encore Ce vêtement qu'ont dérangé nos Jeux ; Ne m'ôte point ces charmes que jadore, Et qu’à la fois tous mes sens soient heureux ! Nous sommes seuls, je désire, et tu m'aimes ; Reste sans voile, 6 fille des Amours Ne rougis point, les Grâces elles-mêmes De ce beau:corps ont formé les contours.
Partout mes yeux reconnaissent l’albâtre, Partout mes doigts effleurent le satin.
Faible pudeur, tu résistes en vain, Des voluptés je baise le théâtre.
Pardonne tout, et ne refuse rien, Éléonore : Amour est mon complice.
Mon corps frissonne en s’appochant du tien.
Plus près encore, je sens avec délice Ton sein brûlant palpiter sur le mien.
Ah ! laisse-moi, dans mes transports avides, Boire l’amour sur tes lèvres humides !
Oui, ton haleine a coulé dans mon cœur, Des voluptés elle y porte la flamme; Objet charmant de ma tendre fureur, Dans ce baiser reçois toute mon âme.
A ces transports succède la douceur D’un long repos. Délicieux silence, Calme des sens, nouvelle jouissance, Vous donnez seuls le suprême bonheur !
Puissent ainsi s’écouler nos journées Aux voluptés en secret destinées !
Qu’un long amour m’assure les attraits ; Qu'un long baiser nous unisse à jamais.
Laisse gronder la sagesse ennemie ;
Le plaisir seul donne un prix à la vie.
Plaisirs, transports, doux présents de Vénus, Il faut mourir quand on vous a perdus!