‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 96 sur 106 · ÉLÉGIE V · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE V

D'un long sommeil j'ai goûté la douceur.

Sous un ciel pur, qu’elle embellit encore, A mon réveil je vois briller l'aurore ;

Le dieu du jour la suit avec lenteur.

Moment heureux | la nature est tranquille, Zéphire dort sur la fleur immobile,

L'air plus serein a pris sa fraîcheur,

Et le silence habite mon asile.

Mais quoi | le calme est aussi dans mon cœur | Je ne vois plus la triste et chère image Qui s’offrait seule à ce cœur tourmenté ; Et la raison par sa douce clarté,

De mes ennuis dissipe le nuage.

Toi que ma voix implorait chaque jour, Tranquillité si longtemps attendue,

Des cieux enfin te voilà descendue

Pour remplacer l’impitoyable Amour.

J’allais périr au milieu de l’orage

Un sûr abri me sauve du naufrage,

De l’aquilon j'ai trompé la fureur ;

Et je contemple, assis sur le rivage,

Des flots grondant la vaste profondeur.

Fatal objet, dont j’adorais les charmes,

A ton oubli je vais m’accoutumer.

Je t’obéis enfin, sois sans alarmes ;

Je sens pour toi mon âme se fermer.

Je pleure encor, mais j'ai cessé d’aimer :

Et mon bonheur fait seul couler mes larmes.

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