‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 97 sur 106 · ÉLÉGIE VI · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE VI

Il faut tout perdre il faut vous obéir.

Je vous les rends ces lettres indiscrètes,

De votre cœur éloquents interprètes

Et que le mien eût voulu retenir :

Je vous les rends. Vos yeux à chaque page

Reconnaîtront l’amour et son langage,

Nos deux projets, vos serments oubliés,

Et tous mes droits par vous sacrifiés.

C'était trop peu, cruelle Éléonore,

De m’arracher ces traces d’un amour

Payé par moi d’un éternel retour ;

Vous ordonnez que je vous rende encore

Ces traits chéris dont l’aspect enchanteur

Adoucissait et trompait ma douleur.

LIVRE IV 301 Pourquoi chercher une excuse inutile, En adorant ces gages adorés Qu’aux plus grands biens j'ai toujours préférés ? De vos rigueurs le prétexte est futile. :

Non, la prudence et le devoir jaloux N’exigent pas ce double sacrifice.

Mais ces écrits qu’un sentiment propice Vous inspira dans des moments plus doux, Mais ce portrait, ce prix de ma conslance, Que sur mon cœur attacha votre main, En le trompant consolait mon chagrin.

Et vous craignez d’adoucir ma souffrance, Et vous voulez que mes yeux désormais Ne puisssent plus s'ouvrir sur vos attraits; Et vous voulez pour combler ma disgrâce, De mon bonheur ôter jusqu’à la trace.

Ah ! j'obéis, je vous rends vos bienfaits.

Un seul me reste, il me reste à jamais.

Oui, malgré vous, qui causez ma faiblesse, Oui, malgré moi, ce cœur infortuné Retient encore et gardera sans cesse Le fol amour que vous m'avez donné.

Page 1