A M. CUNNINGHAM
Voici que le printemps a habillé les bois de vert
Et a jonché le pré de fleurs ; On voit le blé, aux sillons ondoyants.
Se réjouir sous les ondées fécondantes ; Tandis que chaque chose dans la nature s'unit
Pour déposer ses chagrins , Ohl pourquoi vais-je seul ainsi Du pas fatigué de la douleur?
La truite là-bas, dans le ruisseau qui serpente,
Glisse, rapide flèche d'argent.
Et, en sûreté sous T épine touffue.
Délie Tart du pécheur :
Ma vie était jadis cet insouciant ruisseau ,
J'étais cette truite folâtre; Mais l'amour, de son impitoyable rayon,
A brûlé et tari ma source.
Le lot paisible de la petite fleurette
Oui croit sur le rocher là-bas.
Et qui, sauf le vol du linot, je le sais,
Ne connaît pas de rude attouchement.
Etait le mien , jusqu'à ce que l'amour eût passé sur moi
Et m'eût flétri dans ma fleur ; Et maintenant, sous son souffle desséchant ,
Il consume ma jeunesse et ma joie.
Llalouette éveillée s'élance en gazouillant,
Et monte au ciel matinal, Secouant, joyeuse, ses ailes couvertes de rosée
Sous l'œil vermeil du matin ; Je faisais aussi peu d'attention au pouvoir de la douleur,
Jusqu'à ce que le piège fleuri De l'amour ensorcelant, dans une heure malencontreuse ,
M'eût fait l'esclave du souci.
Oh 1 si mon lot eût été les neiges du Groenland ,
Ou la zone brûlante de l'Afrique, L'homme et la nature ligués contre moi ,
Du moins je n'aurais jamais connu Peggy !
Quelle langue peut dire les douleurs du malheureux
Dont la sentence est « N'espère plus, »
Dans le sein duquel le désespoir
Est l'Esprit le plus bienveillant qui y habite ?