LA BELLE JEANNE
11 y avait une fille , et elle était belle , On la voyait à l'église et au marché 1
Quand tontes les belles filles étaient réunies, La plus belle fille, c'était la belle Jeanne.
Et toujours elle faisait l'ouvrage de sa maman , Et toujours elle chantait joyeusement :
L'oiseau le plus gai du buisson
N'eut jamais le cœur si léger qu'elle.
Mais les éperviers déroberont les tendres joies
Qui réjouissent le nid de la petite linotte; Et la gelée brûlera les plus jolies fleurs,
Et l'amour troublera le plus profond repos.
Le jeune Robie était le plus beau des garçons,
La fleur et l'orgueil de toute la vallée, Et il avait des bœufs, et des moutons, et des vaches,
Et de chevaux bondissants, neuf ou dix.
Il alla avec Jeanie à la foire ,
Il dansa avec Jeanie dans la plaine ; Et long-temps avant que l'innocente Jeanie le sût,
Elle avait perdu son cœur, elle avait perdu son repos.
Comme au sein de l'onde
La lune habite, quand tombe la rosée du soir. Ainsi tremblant et pur était le tendre amour
Pans le cœur de la belle Jeanne.
Et maintenant elle fait l'ouvrage de sa maman , , Et toujours elle soupire d'inquiétude et de peine; Pourtant elle ne sait quel peut être son mal , Ni ce qui pourrait la rétablir.
Mais le cœur de Jeanie , est-ce qu'il ne bondit pas légèrement,
Et la joie ne brilla-t-elle pas dans son œil , Quand Robie lui parla d'amour,
Un soir sur le pré couvert de lis ?
Le soleil baissait au couchant,
Les oiseaux chantaient délicieusement dans chaque taillis ; II pressa avec transport ses lèvres sur les siennes,
Et tout bas lui conta ainsi son amour :
belh Jeanie, je t'aime tendrement;
Oh I crois-tu avoir du goût pour moi ?
Ou veux-tu quitter la charnière de ta mère,
Et apprendre à avoir soin des fermes avec moi ?
Tu ne travailleras ni à la grange ni à l'étable,
Ni à rieu qui te donne de la peine; Mais tu iras dans les bruyères en fleur,
Et tu examineras avec moi le blé ondoyant.
Or que pouvait faire la naïve Jeanie ?
Elle n'avait pas envie de lui dire non :
A la fln elle donna en rougissant un doux consentement,
Et dès lors l'amoir fut toujours entre eux deux.
îî.
t58 POÉSIES DE BURNS. .
CALBDONIE.
11 y eut jadis un jour, mais le vieux Temps alors était jeune.
Où la brave Galédonie, le chef de sa race , Naquit de quelqu'une de vos divinités du Nord
(Qui ne sait que la brave Calédonie est de sang divin?) • De la Tweed aux Orcades était son domaine , '
Pour chasser, ou mener paître, ou fcire ce qu'elle voudrait : Ses célestes parents fixèrent là son roj&ume,
Et lui en garantirent la bonté sur leurs tètes divines.
Un agneau en palx^ Mais un Hon en guerre,
L'héroïne devint l'orgueil de sa Cimille; ' Son grand-père, le vieil Odin, jura triomphant-^
« Quiconque te provoquera, se repentira de la rencontre î » Elle s'amusait parfois à labourer ou à faire paître
Ses beaux troupeaux prps de ses blés verts et bruissants ; Mais les bois surtout étaient son endroit fevori ;
Son amusement chéri , les limiers et le cor.
Elle régna long-temps tranquille, iusqu'à ce que se dirigeât de ce
Une volée d'aigles hardis venus des grèves de l'Adriatique } [côté] Plusieurs fois se succédant pendant longues années.
Ils obscurcirent l'air, et pillèrent la terre : Leurs griffes semaient le meurtre, et leur cri la terreur,
Ils envahirent tout un monde et le dévastèrent en outre $ Elle se retira dans ses montagnes et fit voler ses flèches ^
Les audacieux envahisseurs s'eoftiirent ou mbumrent.
Ces féroces harpies prirent leur vol loin du hord ,
Fléau des mers, effroi du rivage ; Le sanglier de la Scandinavie en sortit
Pour s'ébattre dans le carnage et se vautrer dsns hs nttg : Sur les pays et les royaumes leur fureur prévalut,
Nulle ruse ne pouvait les apaiser, nulle arme les repousser; Mais ils assaillirent en vain la brave Calédonie ,
Comme Largs peut bien l'attester, et Loncartie le dire.
Le caméléon sauvage troubla son repos
De tumultes, de troubles, de rébellions et de querelles ; Poussée à bout, à la fin elle Se leva.
Et le dépouilla à la fois de ses espérances et de sa vie : Le lion anglais, terreur de la France ,
Mainte fois rôdant, ensanglanta le flot argenté de la Tweed*
Mais, instruit par la lance brillante de la Galédonie, 11 apprit à trembler dans son propre bois natal.
Ainsi hardie, indépendante, invaincue et libre,
Sa course brillante de gloire continuera toujours : Car ta brave Calédonie doit être immortelle ;
Je le prouverai d'après Euclide, aussi clair que le soleil : Nous choisirons pour figure un triangle à angles droits ,
Le Hasard est la perpendiculaire, et le vieux Temps est la base ; Mais la brave Calédonie est Thypothénuse.
Ergo donc, elle ieur fera face, et le leur fera toujours.
GXLVI.