‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 18 sur 224 · HISTOIRE VÉRITABLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE VÉRITABLE

Certains livres ne sont que mensonges d'un bout k l'autre , £t certains gros mensonges n'ont jamais été écrits. Même les ministres , on les a vus,

Dans un saint entraînement j Débiter parfois une bourde énorme,

Et l'appuyer sur l'Ecriture.

Mais ce que je vais raconter,

Qui est arrivé récemment un soir,

Est aussi vrai qu'il l'est que le diablo est en enfer

Ou dans la ville de Dublin :

Qu'il vienne jamais plus prèp de nous,

C'est grand'pitié.

L'aie du hameau m'avait mis en gaieté ;

Je n'étais pas ivre, mais j'en avais juste assez;

Je chancelais parfois, mais pourtaot je prenais toujours garde

D'éviter les fossés; Et les buttes, les pierres et les buissons, je les distinguais toujours

Des fantômes et des sorcières.

La lune , qui se levait , commençait à luire Par-dessus les montagnes lointaines de Gumnock : Je me mis à compter set eomes

Avec grand «oin; Mais si elle en avait trois ou quatre ,

Je ne saurais le dire.

J'avais tourné la montagne.

Et j'arrivais tout branlant au moulin de Willie ,

Posant mon bâton avec toute l'adresse possible

Pour assurer mon pas ; Quoique de temps en temps, contre mon gré, je fusse entraîné

A la dérive.

Là je rencontrai quelque chose

Qui me mit dans une irrésolution pleine d'effroi ;

Une faux imposante par-dessus une épaule

Vacillante pendait; Une fourche à trois dents était posée sur l'autre ,

Grosse et longue.

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Sa stature semblait être de deux aunes d'Boosse ;

Sa tournure était la plus singulière que j'aie jamais vue,

Car du diable s'il avait un ventre l

Et puis y ses JAtnbes , Elles étaient aussi minces , aussi effilées et menues,

Que deux gourmette» eii bois.

a Bonsoir, » dis-je; « l'ami! aveovous été fiiuohef, Tandis que les autres sont occupés à semer * ? n 11 parut faire une espèce de halte ,

Mais sans parler ; A la fin, je lui dis : « L'ami, od at1ez<volis?

Voulez-vous revenir dur Yo* pas? »

Il dit d'une voix (oufe cr«uftê : -^ « Mon nom est le Trépas , Mais n'aie pas peur. » — Je dis : « Ma fbi ^ Vous êtes peut-être venu pour m'ôter la vie;

Mais écoutez-moi bien , mon garçon ; Je vous donne un bon conseil : prenez garde de voUs faire mal ,

Voyez , Voici tin couteau 1 »

« Jeune homme, » dit-il, « serrez votre petit couteau, Je n'ai pas dessein d'essayer sa vigueur; Mais si cela était, je serais prompt

A la besogne , Et je ne m'en soucierais pas tant que de ce crachat que je lance

Par-dessus ma barbe. »

« C'est bon, c'est bon, » dis-je, « tope;

Voyons, donnez-moi la main, nous sommes donc d'accofd;

Nous allons reposer nos jambes et nous asseoir;

Voyons , dites vos nouvelles?

Ces temps-ci * vous avez frappé à la porte

De bien des maisons. »

« Oui, ouil » dit-tl, et il secouait la tète, « Il y a long-temps, long-temps , en vérité, Que j'ai commencé à trancher le fil ,

Et à couper la respiration :

Les hommes doivent faire quelque chose pour pgner leur pain.

Et ainsi fait le Trépas.

» Six mille ans sont quasi écoulés Depuis que je fais mon métier d'égorgeur.

Et c'est en vain qu'on a combiné bien des plans Pour m'arréter ou m' estropier;

1; Cette Rencontre eut lieu à Vépoque des semailles , eh ItSâ. [Nolt de Vaukur.) —M, Ua« fièVre épidémique avait ravagé la paySi

Jus(iu à ce qu'un certain Hornbook * ait pris l'affaire en main, Et , ma fdi ^ il me vaincra.

» Vous connaissez Jack Hornbook dans le hameau , Que le diable fasse de sa panse un sac à tabac. 11 a si bien fait connaissance avec Buchan *

Et autres compères, Que les enfants me font les cornes en riant

Et me lardent les hanches.

)» Tenez , voici une faux , et voici un dard , Ils ont percé plus d'un vaillant cœur; Mais le docteur Hornbook , avec son art

Et son habileté maudite , A tant fait qu'à eux deux ils ne valent pas un p-t;

Du diable s'ils peuvent rien tuer.

» Hier seulement , sans aller plus loin ,

J'ai lancé à quelqu'un ua coup superbe ;

Avec moins, certainement, j'en ai tué des centaines;

Et, néanmoins, J'ai touché un peu l'os,

Mais rien de plus.

» Hornbook était à côté, prêt à la lutte, Et il avait si bien fortifié l'endroit , Que lorsque je regardai mon dard ,

11 était si émoussé , Que du diable s'il aurait percé le cœur

D'un chou vert.

» Je tirai ma faux avec une telle furie , Que je tombai presque de l'élan ; Mais pourtant le hardi apothicaire

Soutint le choc ; J'aurais pu aussi bien m'attaquer à une carrière

De dur roc.

» Ceux mêmes qu'il ne peut pas visiter, 11 a beau n'avoir jamais vu leur visage , Pourvu quMls- — -dans une feuille de chou, et qu'ils l'envoient^

Sitôt qu'il la sent.

Il dit tout de suite et leur maladie ,

Et ce qui 4a guérira.

» Et puis les scies d'un docteur, et les couteaux

De toute dimension , de toute forme et de toute force j

1 . Le docteur Hornbook est , par état , membre de l'ordre souverain de la Férule ; mais, par intuition et inspiration, il est à la fois apothicaire, chirurgien et médecin.-*' 2. La Médecine domestique de Buchafl.

POESIES DE BURNS. 'Zô

Toutes les espèces de boîtes ; de pots et de flacons ,

H est sûr de les avoir ; Leurs noms latins , il les débite aussi vite

Que l'A B C.

» Chaux de fossiles , terre et arbres ; Vrai sel marin des mers, Farine de fèves et de pois ,

Il a de tout en quantité ; Eau de fontaine , ce que vous voudrez :

11 peut vous contenter.

» De plus , instruments nouveaux et peu communs ,

Esprit d'urine de chapons ;

Raclures, limaille, ratissures de corne de mite

Distillées per se ; Sel alcali de rognures de queue de cousin ,

Et bien d'autres choses. » ,

« Tant pis pour le trou de Johnie Ged ^ madntenant, »

Dis-je , « si ces nouvelles sont vraies 1

Son bel enclos, où les marguerites croissaient

Si blanches et si jolies, Nul doute qu'ils vont y passer la charrue;

Us ruineront Johnie I »

La créature hurla un rire affreux ,

Et dit : a Vous n'avez pas besoin d'atteler la charrue ,

Les cimetières seront bientôt assez labourés,

N'ayez pas peur : Us seront tous entrecoupés de mainte fosse

Dans deux ou trois ans.

y> Pour un homme que je tuais de sa belle mort, Par perte de sang ou manque de respiration , Cette nuit je puis bien jurer

Que le savoir-faire de ce Hornbook En a revêtu une vingtaine de leur dernier vêtement

Par ses gouttes ou ses pilules.

» Un honnête tisserand de son métier,

Dont la femme n'avait pas les deux mains bien propres à la besogne,

Acheta pour quatre sous de quoi lui guérir sa tête

Qui était malade; La femme se glissa. tout doucement dans son lit ,

Mais jamais plus ne parla.

» Un laird de campagne avait attrapé des vers Ou des borborygmes dans les intestins :

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