‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 185 sur 224 · SUR LA POÉSIE PASTORALE · texte numérisé non relu

SUR LA POÉSIE PASTORALE

Salut, Poésie, nymphe réservée l A ta poursuite que de gens ont dévié Du sens commun , ou sont tombés énervés

Parmi des tas de paroles oiseuses 1 Et Dieu sait combien souvent tes amants sont morts de faim

Au milieu de tes faveurs 1 ~

Dis-moi , chère fille, pourquoi parmi ta suite.

Tandis que résonne le son perçant de la trompette héroïque.

Et que le socque et le cothurne courent

A la mort ou au mariage , A peine un seul a essayé le chant des bergers

Sans manquer son coup ?

Jack Milton réussit dans le genre d'Homère; Will Shakspeare tient la plume d'Eschyle ; Le petit bossu de Pope s'approprie

La renommée d'Horace; Dans ton doux chant , Barbauld , survit

La flamme môme de Sapho.

Mais, toi, Théocrite, qui t'égale?

Ce ne sont point des ballades de pâtre, que les églogues de Virgile ,

Le squire Pope ne fait que recouvrir ses haillons pailletés

De pièces païennes :

Je passe des centaines de malheureux sans nom ,

Qui singent leurs supérieurs.

Dans ce beau siècle d'esprit et de savoir,

Personne sur le sifllet du berger

Ne saura-t-il jouer avec le charme de son ton naïf

Et de sa grâce champêtre , Et, digne rival, partager avec la Grèce reoommée La première place ?

Si 1 il en est un ; un enfant de T Ecosse — 11 en est un; avance, honnête AUan 1 Il ne faut pas se cacher derrière le mur

Quand on est si habile ; Les dents du Temps peuvent ronger Tantallan * ;

Mais , toi , tu es immortel !

Tu peins la vieille nature aux neuf Sœurs,

Dans tes doux vers calédoniens ;

Pas un ruisseau doré ne serpente sous des myrtes

Où Philomèle ^ Tandis que les brises nocturnes caressent les vignes ,

Redit ses douleurs 1

C'est dans des vallons de pâquerettes que coule ton ruisseau ,

Où de jolies filles blanchissent leur linge ;

Ou qu'il court près des bois de noisetiers , et des coteaux

Gris d'aubépines , Où les merles accompagnent les chants du berger

Au tomber du jour.

Tes amours champêtres sont la nature même ; Nul débordement de galimatias ampoulé , Nulle idée confuse , mais la douce magie

De ce sorcier d'amour, Ce charme qui peut dompter le plus fort,

Attendrir le plus dur.

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