‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 23 sur 224 · LE VIEUX PONT · texte numérisé non relu

LE VIEUX PONT

Buse suffisante , bouffie de vain orgueil 1

Voilà bien des années que je résiste au flux et au reflux ;

Et quoique à force de décrépitude je sois en bien mauvais état ,

Je serai un pont quand vous serez un informe amas de pierres !

Jusqu'ici vous n'avez pas vu grand'chose.

Mais deux ou trois hivers vous instruiront mieux.

Quand de lourdes, sombres, continuelles pluies de toute une journée

Inonderont les plaines d'un vaste déluge ;

Quand des montagnes d'où sort le bruyant Coïl ,

De celles où bouillonnent les sources moussues de l'imposant Lugar,

De celles où le Greenock serpente dans les landes , [d'eau ,]

De celles d'où le Garpal , hanté par les esprits, tire son faible filet

Réveillée par les vents tumultueux et les dégels salissants ,

En maint torrent descendra la neige fondue ; [santé,]

Tandis que les glaçons qui craquent, portés sur l'avalanche rugis-

Balayeront et détruiront tout, écluses, moulins et ponts ;

Et que , depuis Glenbuck * jusqu'à Ratton-Key * ,

La vieille Ayr ne sera qu'une mer immense et tumultueuse , —

Alors vous vous écroulerez (du diable si jamais vous vous relevez I) ,

Et vous ferez jaillir les eaux boueuses jusqu'aux cataractes du ciel :

Triste leçon qui vous apprendra , à vos dépens ,

Que le noble art de l'architecture est perdu.

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