‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 24 sur 224 · LE NOUVEAU PONT · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU PONT

Belle architecture , vraiment , je dois le dire I Dieu soit loué que nous n'en sachions plus la route 1 Des édifices maigres , affreux , attirant les fantômes ; Suspendus en saillie menaçante , comme des précipices ; Des cavernes toutes voûtées , moitiés , inspirant la tristesse ;

l Gaé connu , juste au-dessus du vieux pont. — 2. Source de l.i rivière d'Ayr. — 3. Petit endroit de débarquement au-dessus du grand quai.

ao POESIES DE BURNS.

Supportant dos toits fantastiques , des bosquets de pierre ;

Des fenêtres et des portes revêtues de sculptures sans nom ,

N'ayant pour elles ni ordre, ni symétrie, ni goût ;

Des formes semblables au rcvc de quelque statuaire de Bedlam ,

Créations maladives, d'une fantaisie qui s'égare;

Des formes qui pourraient être adorées le genou ployé ,

Sans violer pourtant le second commandement redouté :

On ne pourrait trouver leurs pareils sur la terre, dans l'air ni sur

Des habitations qui feraient honte au goût [la mer;]

De tout ce qu'il y a de maçons parmi les reptiles, les oiseaux ou tes

Convenables seulement pour une race hébétée de moines , [ bétes ; ]

Ou de filles glacées qui ont abjuré les doux embrassements,

Ou de niais de temps plus récent qui avaient Tidée

Qu'une obscurité lugubre était d'excellente et vraie dévotion;

Imaginations auxquelles notra bon bourg refuse protection I

Et puissent-elles bientôt expirer, sans espoir de résurrection î

Ll TIBUX POMT.

O vous , mes vieux contemporains , au souvenir si chef, Si vous étiez ici pour partager l'indignation que je ressens ! " Vous , dignes prévôts et nombreux baillis , Oui avez toujours gravi les sentiers de la droiture ; Vous, diacres délicats, et vous, sages convocateurs*, [chaussée;] Auprès desquels nos modernes ne sont que des nettoyeurs de Vous, pieux conseils , qui avez fait le bonheur d« cette ville ; Vous, pieux ft-ères de la robe sacrée , Oui tendez humblement vos derrières aux pères fbuetteurs ; Et (ce qui maintenant serait étrange) vous, pieux écrivains; Vous toué, sages personnes que j'ai portées au-dessus de l'eau, Si vous étiez ici , que diriez-vous ou que feriez-vous ? Comme vos esprits gémiraient dans un tourment profbnd , De voir tous ces tristes changements ;

Et , comme dans votre agonie , vous maudiriez l'heure é. le lieu Où vous avez engendré cette race basse et dégénérée ! A présent de révérends personnages, la gloire de leur pays, Ne racontent plus en simple et plat écossais une simple et plate A présent des bourgeois économes et sages [histoire!]

Ne se réunissent plus autour d'une pinte Ou à l'hôtel-de-ville ; Mais bien une gentry idiote, à tète de liège, perverse, La désolation et la ruine du pays ; [biers,]

Des hommes faits aux trois quarts par leurs tailleurs et leurs bar- Oui dissipent vos prudentes épargnes en damnés nouveaux ponts et LE NOUVEAU PONT. [havres!]

Maintenant arrêtez-vous là 1 car, ma foi , vous en txet dit assez, Et beaucciip plus que vous ne pouvez en justifier.

1. Convonecrs , celix qui sont chargés de convoquer les corps municipaux. [jV. d. tfad )

Quant à vos prêtre» , je n'en dirai que peu de chose :

Corbeaux et clergé sont un gibier trèfMiifficile à tirer ;

Maife , avec la permiasion de votre longue barbe ,

Vous pourriez vous dispenser de mal parier des magistrats :

Les assimiler à votre bande d'autrefois ,

Je dois le dire, est une f^mparaison qui cloche.

Dans Ayr les esprits badins n'ont plus l'occasion

De crier au bourgeois , comme terme injurieux :

Le conseil ne se dandine plus par la rue

Dans toute la pompe d'une suffisance ignorante ; [sinssecs.]

Gens qui devenaient éclairés à marchander les houblons et les rai-

Ou acquéraient des vues libérales dans les obligations et saisines.

Si par hasard le Savoir, errant à l'aventure ,

Leur avait présenté un rayon de sa lampe,

Et pour une fois les avait amenés au Sens commun ,

La plate et lourde Stupidité arrivait obligeamment à leur aide.

Combien de temps ce bavardage auraitcontinué, [sang à répandre!] Quels combats sanglants auraient eu lieu, si des esprits avaient du Personne ne saurait le dire; mais devant leurs yeux Apparut un éblouissant cortège de fées.

Elles dansaient joyeusement sur le courant étincelant de lumière ; Leurs costumes variés brillaient aux rayons de la lune ; Elles marchaient si légèrement sur le cristal des eaux , Que la glace naissante se courbait à peine sousieurs pieds : [elles, ] Tandis que les ménestrels faisaient retentir leurs accords parmi Et que les bardes qui ennoblissent l'âme chantaient leurs chants Oh î si Mac Lauchian *, savant inspirateur des cordes, [héroïques.] Eût été là pour entendre cet orchestre céleste [strathspeys*,] Quand ils exécutaient avec une fureur de montagnard ses chers Ou quand ils jouaient les airs touchants de la vieille Ecosse , Les joies ravissantes ou les peines saignantes de l'amour, Comme son oreille de montagnard eût été plus noblement enflammée, Et même sa main sans égale inspirée d'un doigter plus beau ! On ne pouvait deviner quels étaient les instruments , Mais c'était l'amc même de la musique qu'on entendait ; L'harmonieux ensemble retentissait de tous côtés , Tandis que la simple mélodie se versait attendrissante dans le cœur.

En avant parait le Génie du fleuve , Vénérable chef avancé en âge , Sa tête blanche couronnée de lis d'eau , Sa jambe nerveuse ceinte d'herbes marines.

Puis venait le plus aimable couple de tout le cortège , La charmante Beauté donnant la main au Printemps ; Puis, couronnée de foin fleuri » venait la Joie champêtre^ Et l'Eté, avec son œil aux chauds rayons ;

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