LE NOUVEAU PONT
Belle architecture , vraiment , je dois le dire I Dieu soit loué que nous n'en sachions plus la route 1 Des édifices maigres , affreux , attirant les fantômes ; Suspendus en saillie menaçante , comme des précipices ; Des cavernes toutes voûtées , moitiés , inspirant la tristesse ;
l Gaé connu , juste au-dessus du vieux pont. — 2. Source de l.i rivière d'Ayr. — 3. Petit endroit de débarquement au-dessus du grand quai.
ao POESIES DE BURNS.
Supportant dos toits fantastiques , des bosquets de pierre ;
Des fenêtres et des portes revêtues de sculptures sans nom ,
N'ayant pour elles ni ordre, ni symétrie, ni goût ;
Des formes semblables au rcvc de quelque statuaire de Bedlam ,
Créations maladives, d'une fantaisie qui s'égare;
Des formes qui pourraient être adorées le genou ployé ,
Sans violer pourtant le second commandement redouté :
On ne pourrait trouver leurs pareils sur la terre, dans l'air ni sur
Des habitations qui feraient honte au goût [la mer;]
De tout ce qu'il y a de maçons parmi les reptiles, les oiseaux ou tes
Convenables seulement pour une race hébétée de moines , [ bétes ; ]
Ou de filles glacées qui ont abjuré les doux embrassements,
Ou de niais de temps plus récent qui avaient Tidée
Qu'une obscurité lugubre était d'excellente et vraie dévotion;
Imaginations auxquelles notra bon bourg refuse protection I
Et puissent-elles bientôt expirer, sans espoir de résurrection î
Ll TIBUX POMT.
O vous , mes vieux contemporains , au souvenir si chef, Si vous étiez ici pour partager l'indignation que je ressens ! " Vous , dignes prévôts et nombreux baillis , Oui avez toujours gravi les sentiers de la droiture ; Vous, diacres délicats, et vous, sages convocateurs*, [chaussée;] Auprès desquels nos modernes ne sont que des nettoyeurs de Vous, pieux conseils , qui avez fait le bonheur d« cette ville ; Vous, pieux ft-ères de la robe sacrée , Oui tendez humblement vos derrières aux pères fbuetteurs ; Et (ce qui maintenant serait étrange) vous, pieux écrivains; Vous toué, sages personnes que j'ai portées au-dessus de l'eau, Si vous étiez ici , que diriez-vous ou que feriez-vous ? Comme vos esprits gémiraient dans un tourment profbnd , De voir tous ces tristes changements ;
Et , comme dans votre agonie , vous maudiriez l'heure é. le lieu Où vous avez engendré cette race basse et dégénérée ! A présent de révérends personnages, la gloire de leur pays, Ne racontent plus en simple et plat écossais une simple et plate A présent des bourgeois économes et sages [histoire!]
Ne se réunissent plus autour d'une pinte Ou à l'hôtel-de-ville ; Mais bien une gentry idiote, à tète de liège, perverse, La désolation et la ruine du pays ; [biers,]
Des hommes faits aux trois quarts par leurs tailleurs et leurs bar- Oui dissipent vos prudentes épargnes en damnés nouveaux ponts et LE NOUVEAU PONT. [havres!]
Maintenant arrêtez-vous là 1 car, ma foi , vous en txet dit assez, Et beaucciip plus que vous ne pouvez en justifier.
1. Convonecrs , celix qui sont chargés de convoquer les corps municipaux. [jV. d. tfad )
Quant à vos prêtre» , je n'en dirai que peu de chose :
Corbeaux et clergé sont un gibier trèfMiifficile à tirer ;
Maife , avec la permiasion de votre longue barbe ,
Vous pourriez vous dispenser de mal parier des magistrats :
Les assimiler à votre bande d'autrefois ,
Je dois le dire, est une f^mparaison qui cloche.
Dans Ayr les esprits badins n'ont plus l'occasion
De crier au bourgeois , comme terme injurieux :
Le conseil ne se dandine plus par la rue
Dans toute la pompe d'une suffisance ignorante ; [sinssecs.]
Gens qui devenaient éclairés à marchander les houblons et les rai-
Ou acquéraient des vues libérales dans les obligations et saisines.
Si par hasard le Savoir, errant à l'aventure ,
Leur avait présenté un rayon de sa lampe,
Et pour une fois les avait amenés au Sens commun ,
La plate et lourde Stupidité arrivait obligeamment à leur aide.
Combien de temps ce bavardage auraitcontinué, [sang à répandre!] Quels combats sanglants auraient eu lieu, si des esprits avaient du Personne ne saurait le dire; mais devant leurs yeux Apparut un éblouissant cortège de fées.
Elles dansaient joyeusement sur le courant étincelant de lumière ; Leurs costumes variés brillaient aux rayons de la lune ; Elles marchaient si légèrement sur le cristal des eaux , Que la glace naissante se courbait à peine sousieurs pieds : [elles, ] Tandis que les ménestrels faisaient retentir leurs accords parmi Et que les bardes qui ennoblissent l'âme chantaient leurs chants Oh î si Mac Lauchian *, savant inspirateur des cordes, [héroïques.] Eût été là pour entendre cet orchestre céleste [strathspeys*,] Quand ils exécutaient avec une fureur de montagnard ses chers Ou quand ils jouaient les airs touchants de la vieille Ecosse , Les joies ravissantes ou les peines saignantes de l'amour, Comme son oreille de montagnard eût été plus noblement enflammée, Et même sa main sans égale inspirée d'un doigter plus beau ! On ne pouvait deviner quels étaient les instruments , Mais c'était l'amc même de la musique qu'on entendait ; L'harmonieux ensemble retentissait de tous côtés , Tandis que la simple mélodie se versait attendrissante dans le cœur.
En avant parait le Génie du fleuve , Vénérable chef avancé en âge , Sa tête blanche couronnée de lis d'eau , Sa jambe nerveuse ceinte d'herbes marines.
Puis venait le plus aimable couple de tout le cortège , La charmante Beauté donnant la main au Printemps ; Puis, couronnée de foin fleuri » venait la Joie champêtre^ Et l'Eté, avec son œil aux chauds rayons ;