‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 28 sur 224 · REQUÊTE AU DIABLE · texte numérisé non relu

REQUÊTE AU DIABLE

O prince ! 6 chef de nombreuses puissances couronnées , Qui conduisis les phalanges des séraphins à la guerre —

MiLTON.

toi, quel que soit le titre qui te convienne, Vieux cornu, Satan, Nick, ou pied fourchu.

Qui là-bas dans ta caverne sombre et enfumée,

Enfermé sous les écoutilles.

Fais jaillir autour de toi l'écuelle de soufre

Pour échauder les pauvres malheureux !

Ecoute-moi un peu , vieux bourreau ,

Et laisse là les pauvres damnes -,

Je suis sûr que cela ne peut pas faire grand plaisir

Même à un diable De battre et d' échauder de pauvres chiens tels que moi,

Et de nous entendre crier 1

Grand est ton pouvoir, et grande ta renommée;

Connu au loin et célèbre est ton nom ;

Et quoique tout là-bas cette mine de charbon embrasé soit ton

Tu voyages loin ; [séjour,]

Et , ma foi 1 tu n'es ni lambin ni boiteux ,

Ni timide ni craintif.

Tantôt, rAdant comme un lion rugissant,

Tu cherches ta proie dans tous les trous et tous les coins;

Tantôt volant sur la tempête aux fortes ailes ,

Tu enlèves les toits des églises; Tantôt , fouillant dans le cœur humain ,

Tu t'y tapis inaperçu.

J'ai entendu dire à ma vénérable grand'mère

Que vous aimez à errer dans les vallons solitaires ;

Ou que, là où les vieux châteaux en ruines de leur tête grise

Saluent la lune , Vous effrayez les pas de l'homme qui erre la nuit

Par de lugubres mugissements.

POÉSIES ])Ê l}iIH^S. ' Ûl

Quand le crépuscule appelait ma grand mère

A dire ses prières , la sage et honnête femme !

Souvent elle vous a entendu bourdonner derrière la muraille

Avec un piurmure qui faisait peur ; Ou bruire en passant à travers les sureaux

Avec un profond gémissement.

Une lugubre, orageuse nuit d'hiver.

Que les étoiles dardaient une lueur oblique ,

De vous moi-même j'ai pris frayeur

Au delà du lac ; Vous, comme une touffe de jonc, vous vous teniez en vue,

Avec un balancement plaintif.

Le bâton trembla dans ma main ,

Chaque cheveu hérissé se tint droit comme un pieu ,

Lorsqu'avec un horrible et creux hum — hum —

Du milieu des eaux Vous vous envolâtes , comme un canard ,

Sur des ailes sifflantes.

Que les magiciens refrognés et les sorcières flétries

Disent comment avec vous , à cheval sur l'herbe de Saint-Jacques,

Ils effleurent les bruyères et les rocs vertigineux

Avec une vitesse infernale ; Et dans les cimetières renouvellent leurs pactes

Sur les morts déterrés.

De là vient que ces ménagères de campagne, avec labeur et peific, Peuvent plonger et replonger en vain la baratte : Car, hélas l le trésor jaune a été pris

Par un perfide maléfice ; Et la vache choyée, de douze pintes, est devenue

Aussi aride que le bœuf.

De là vient que des nœuds mystérieux font un grand affront Aux jeunes gens passionnés , vifs et pleins de feu , Quand le meilleur outil de la maison ,

Par un adroit sortilège , Est réduit à ne pas valoir un pou

Juste au moment décisif.

Quand les dégels dissolvent les amas de neige, Et que flotte la croûte sonore de glace , Alors les Esprits de l'eau hantent le fleuve

Par votre ordre , Et les voyageurs anuités sont attirés

A leur perte.

as POÉSIES DE BURNS.

Et souvent vos feux-follets qui traversent ta mousse

Leurrent Thomme ivre qui s'est attardé :

De leur flamme les maudits ^ malfaisants singes

Abusent ses yeux , Jusqu'à ce que dans quelque fondrière fangeose il s'cnlbticê

Pour ne plus se relever.

Quand la parole mystique et la fourche des ft^ilc94nâçotis Dans les orages et les tempêtes vous évoquent , Un coq ou un chat doit arrêter votre rage ,

Ou , chose étrange à dire 1 Vous emporteriez le plus jeune frère

Droit en enfer 1

II y a long-temps , dans le beau jvdin de l'Eden ,

Quand les jeunes amants pour la première fms furent accouplés ,

Et que leur âme s'ouvrait tout entière à l'adioar,

Eu cette heure d'ivresse , Si douce sur l'herbe odorante et fleiffie j

Sous l'ombrage touffu :

Alors vous , vieux chien artificieux ^ Vous vîntes au paradis incognito y Et jouâtes à l'homme un maudit tour

(Noir soit votre loti), Et donnâtes au monde enfuit vn choc

Qui l'a presque perdu.

Vojus rappelez-vous ce jour où tout en hâle , Avec des haillons enfumés et une perruque râpée , Vous avez présenté votre sale face

En bonne compagnie , Et avez lancé de c6té sur l'homme de Hus

Votre acre plaisanterie ?

Et comment vous l'avez courbé sous votre joag , Et l'avez dépouillé de ses maisons et châteftux^ Tandis que les gales et ulcères l'écorchaieut

De leurs griffes mordantes , Et que, déchaînée, sa mégère de feiMne, à la laiigtte DAMavtlse)

Etait pire que tout ?

Mais récapituler tous vos faits ^

Vos pièges perfides et vos luttes acharnées

Depuis ce jour où Michel votis perça

Jusqu'à ce temps-ci, Lasserait une langue des Basses ou Ha«ites-Terfe8 f

En prose ou vers. ^

Et maintenant, vieux pied fourchu, je sais que vous pensez Que la dissipation et la boisson, à quelque heure malheureuse, Enverra certain barde trébuchant

Dans votre trou noir ; Mais, ma foi, il fera un détour de côté ,

Et vous attrapera encore.

Mais , adieu , cher vieux Nickie l

Oh! si vous vouliez réfléchir et vous amender î

Vous pourriez peut-être — je ne sais pas -^

' Courez-en toujours la chance — Je suis triste de penser à cette caverne-là , Quand ce ne serait que pour vous 1

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