‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 29 sur 224 · HISTOIRE EXTRÊMEMENT AFFLIGEANTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE EXTRÊMEMENT AFFLIGEANTE

Un jour que Mailie et ses agneaux

Etaient à brouter ensemble dans les limites de leur corde,

Elle passa son pied dans un Qceud coulant,

Et en luttant elle tomba dans le fotaé :

Là, gémissante, mourante, elle gisait,

Quand Hughoc vint traînant la jambe par là.

Les yeux grands ouverts et les mains levées ,

Le pauvre Hughoc resta comme une statue ;

II la voyait près de finir ses jours ,

Mais , ô malheur 1 il n'y pouvait remédier 1

Il était bouche béante, mais ne disait rien. —

A la fin la pauvre Mailie rompit le silence.

« toi , dont la face lamentable Paraît avoir pitié de ma funeste position !

Ecoute attentivement mes dernières paroles , Et porte-les à mon cher maître.

» Dis-lui , si jamais il a encore De quoi acheter des brebis , Oh ! conseille^lui de ne plus jamais les attacher Avec de maudites cordes de chanvre ou de crin 1 Mais de les mener au parc ou à la montagne , Et de les laisser errer à volonté ;

iO POÉSIES DE BURNS.

Et puisse son troupeau s'accroître , et monter A des vingtaines d'agneaux et de ballots de laine.

» Dis-lui qu'il a été un doux maître, Et toujours bon pour moi et les miens ; Et maintenant je lui fais la recommandation d'une mourante , Je lui confie mes agneaux privés de secours.

» Oh î engage-Io à préserver leur innocente vie Des chiens , et des renards , et du couteau des bouchers 1 Et à leur donner de bon lait de vache leur suffisance , Jusqu'à ce qu'ils soient en état de se nourrir eux-mêmes; Et à les approvisionner exactement , soir et matin , De quelques poignées de foin et de blé.

» Et puissent-ils ne jamais prendre les manières Des autres indignes et turbulents agneaux !

ye jamais s'échapper par les trous des clôtures , et errer, et voler Dans les tas de pois et les trognons de choux verts. Et puissent-ils , comme leurs grands parents , Pendant bien des années passer par les ciseaux : Alors les femmes leur donneront de petits morceaux de pain , Et les enfants pleureront sur eux quand ils seront morts.

» Mon pauvre agneau mâle, mon fils et héritier, Oh î dis-lui de l'élever avec soin , Et, s'il vit assez pour être un bélier,

De mettre quelques bons sentiments dans son cœur l

» Et conseille-lui , ce que je ne veux pas dire moi-même ,

De se contenter des brebis de la maison ;

Et de ne pas courir et user ses sabots ,

Comme d'autres brutes impudentes et perverses. » Et puis toi , mon innocente petite brebis ,

Dieu te garde d'être mise à l'attache.

Oh ! puisses-tu ne jamais te rencontrer

Avec un bélier ruiné des landes ,

Mais toujours avoir soin de brouter et de te mêler

Avec des brebis de considération comme toi.

» Et maintenant , mes enfants , à mon dernier soupir

Je vous laisse ma bénédiction à tous deux ;

Et, quand vous penserez à votre mère.

Songez à être bons l'un pour l'autre 1

» Maintenant, honnête Hlighoc, ne manque pas

De redire à mon maître toutes mes paroles ,

Et recommande-lui de brûler cette maudite corde ;

Et, pour la peine, tu auras ma vessie. »

Cela dit, la pauvre Mailie tourna la tête,

Et ferma les yeux parmi les morts.

ï>OÉSIES DE BURNS. 4^

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