LA VISION
GHAMT PREMIBA;
Le soleil avôit clos là jdurilée d'hivet,
Les joueurs de curling ^ avaient quitté leur jeu bruyant j
Le lièvre afiîamé avait pris sa route
Vers les plants de choux verts , Tandis que la neige perfide trahit
Chaque pas qu'il d fait.
Le fléau harassant du batteur en grange
M'avait fatigué touft le jour ;
Et lorsque le jour eut fermé son œil ,
1. Jeu qui consiste à faire glisser sur la glace, Vers un but, de grosses pierres de 40 à 60 livres. {N. d, Irad,)
Bien loin à l'occident, Au fond du parloir, tout pensif, J'allai me reposer.
Là, solitaire, au coin du feu.
Je m'assis et regardai la fumée qui, vomie,
Emplissait d'une vapeur suffocante
La vieille maison d'argile; Et j'entendis les rats, toujours ea mouvement, crier
Sous le toit.
Tout entier dan« cette atmosphère d'atomes et de brume. Me reportant en arrière, je songeais au temps perdu. Comme quoi j'avais passé le printemps de ma vie
Et n'avais rieo fait Qu'enfiler des niaiseries en rimes
Pour faire chanter des fous.
Si j'avais écouté un bon avis.
J'aurais pu, à cette heure, faire la loi m iwrché,
Ou me carrer dans une banque et écrire
Mes comptes de caisse :
Tandis qu'ici, à moitié fou, à moitié lUMirri, à moitié yétu.
Voilà le total.
Je me levai en murmurant ; Imbécile 1 piais ! Et tendis vers le ciel ma main gonflée Pour jurer, par toute cette voûte étoilée,
Ou quelque autre indiscret serment, Que désormais je serais à l'épreuve de la rime
Jusqu'à mon dernier soupir —
Quand, tictac I la corde tira le loquet :
Et, crac! la porte alla rejoindre le mur; Et je vis , à la lueur de mon feu ,
Qui en ce moment flambait clair, Une jeune fille étrangère , bellç et bien mise ,
Apparaître en pleiç.
Vous vous doutez bien que je gardai le silence : Le serment naissant fiit écrasé à moitié formé ; J'avais l'air aussi effrayé que si j'eusse été jeté
Dans quelque vallon sauvage ; Quand, charmante comme le mérite modeste, elle rougit
Et entra.
De vertes, minces branches de houx, garnies de feuilles. S'entrelaçaient gracieusement autour de son front, Je la pris pour quelque muse écossaise A ce signe,
Venue pour prévenir ces vo^x imprudents Qui bientôt seraient violés.
Des « traces d'extravagance sentimentale »
Etaient fortement empreintes sur son visage ; Une grâce rustique, sauvagement spirituelle,
Brillait en plein sur elle; Bon œil, même lorsqu'il ne regardait que le vide,
Etincelait du feu de T honneur.
Ba robe, en tartan aux vives couleurs, flottait
De manière à laisser voir à peine la moitié d'une jambe ;
Et quelle jambe 1 Celle de ma belle Jeanne
Pourrait seule l'égaler; • Si droite, si mince du bas, si nette et si propre
Qu'aucune autre n'en approchait.
Bon grand manteau, de couleur verdâtre,
Attira principalement mes regards émerveillés ;
Des nuances claires et foncées, mélangées hardiment, jetaient
Un grand lustre, Et semblaient, à ma vue étonnée,
Une terre bien connue.
Ici des rivières se perdaient dans la mer ,
Là des montagnes s'élançaient jusqu'aux cieux;
Ici des vagues houleuses dessinaient la côte
De leur écume grossissante , Là dans le lointain brillait , sublime honneur de l'art ,
Le' dôme seigneurial ;
Ici le Doon versait ses flots venus de loin ,
Là rirwine bien nourri mugissait majestueusement :
Le vieil ermite Ayr se glissait à travers ses bois
Jusqu'au rivage; Et maint torrent plus petit s'enfuyait ,
Trahi par son rugissement.
En bas, étendu dans une vallée sablonneuse,
Un ancien bourg levait la tête ;
Toujours, comme on le lit dans l'histoire d'Ecosse,
Il se vante d'une race, Elevée à toutes les plus nobles vertus
Et à la grâce polie.
Près de la tour imposante ou du beau palais.
Ou des ruines suspendues dans l'air.
Des tiges hardies de héros çà et lu Pouvaient se discerner;
Les uns semblaient réver, d'autres semblaient oser, Sévères de traits.
Mon cœur sentit un brûlant transport De voir une race * héroïque se dérouler, Et brandir à l'entour l'acier noir de sang,
A coups \igoureux , Tandis que, reculant, semblaient chanceler
Leurs ennemis du sud *.
Le sauveur de son pays*, remarquez-le bien!
Le chant héroïque du hardi Richardton * ,
Le chef qui sur les bords du Sark ^ tomba glorieusement
Dans un poste élevé; Et celui que les destins impitoyables chassèrent
De sa terre natale.
Là où l'ombre d'un Picte , le sceptre en main ^ , Erre autour de ses cendres déposées en terre, J'aperçus une race martiale, peinte
De couleurs vigoureuses; Hardis, les traits guerriers, intrépides,
Ils nuu*chaient à ^ands pas.
Au travers de maint bois sauvage, romantique^, Près de maint abri fait pour plaire à un ermite (Lieux propices à l'amitié ou à l'amour),
L'humeur rêveuse.
Je vis un vieux juge errer,
Faisant le bien.
Profondément frappé d'une crainte respectueuse ^ ,
Je vis les savants père et fils;
Au dieu de la Nature et à la loi de la Nature
Ils consacraient leur savoir ; Celle-ci , pour en tirer tout principe et toute fin ;
Celui-là , pour l'adorer.
Je pus bien découvrir le brave pupille de Brydone ^ Sous l'œil souriant de la vieille Ecosse ;
1. Les Wa11ace.~2. Les Anglais.— 3. William Wallace.— 4. Adam Wallace de Richardton , cousin de l'immortel sauveur de l'indépendance écossaise. — 5. Wallace , laird de Craigie , qui commandait sous Douglas , comte d'Ormond , à cette bataille où il fut blessé à mort , en 1448. — 6. Coïlus , roi des Pietés , qui a donné son nom au district de Kyle, est enterré, suivant la tradition, près de la résidence des Montgoroery de Coils-Field. — 7. Barbkimming, résidence de sir Thomas Miller de Glenlec , président de la cour de section. — 8. Catrine, résidence du professeur Dugald Stewart. —9. Le colonel Fullarton.
:H P0ËS1B8 DE BURN9.
Ler(uel d'en bas appelait la Renommée Pour qu'elle TnidAt à .monter
Au lieu élevé où maint nom de patriote Et de héros brillait.