CHANT SECOND
Profondément pensif, et d'un œil ébahi , Je regardais la belle wx traits célestes ; Les battements de mon oc9ur témoignuient à voix basse
D'une douce parenté, Lorsque, d'un air de sœur atnée ,
Elle me ooinplimepta.
« Salut, mon barde inspiré!
Regarde en moi ta Muse nationale l
Ne te plains plus que ton sort soit si dur,
Si pauvre et si basl Je viens t'apporter une récompense
Gonmie nous en donnons,
» Sache que le grand génie de oette Mre A maintes troupes légères ^ aériennes, Qui , toutes sous son haut commandement ,
Harmonieusement , Selon qu'elles entendent les arts ou les armes ^
S'appliquent au travail.
» Elles se partagent la race de l'Ecosse ; Les unes allument l'audace du soldat; D'autres excitent le patriote à mettre à nu
Le cœur de la Corruption; D'autres enseignent au barde , soift chéri !
L'art mélodieux.
» Parmi ces flots de sang qui s'enSoat et qui (ùn^ent. Elles répandent les esprits ardents, enflammés; Ou, au milieu des rugissements du sénat TémU,
Invisibles, elles se tiennent Pour amender Thonnôte enseignement patriotique ,
Et donner de la grftc« au geste.
» Et quand le barde ou le sage à télé bimiche
Charment ou instruisent l'Age futur,
En comprimant l'élan de la fureur poétique,
files en doublent T énergie, On indiquent ta page peu conoluanle
pleinement h rœiî.
POfiSiES DE BUKN8.. ns
» De là Fullarton , le jeune brave ;
De là la parole inspirée du zélé Dempster;
De là le doux et harmonieux Beattie chanta
Ses Lais du Ménestrel; Ou arracha , piqué d'une noble ardeur,
Les lauriers du sceptique.
» Aux ordrei inférieurs sont assignés
Les rangs plus humbles de l'espèce humaine ,
Le barde rustique, le journalier,
L'artisan ; Toutes choisissent , suivant leurs différents penchants ,
Différents .hommes.
» Quand jaune ondiiie le grftin pesant ,
Les unes contiennent avec force l'orage menaçant :
•D'autres instruisent à améliorer la plaine
Par la science de la culture ; Et d'autres enseignent la troupe des be^ts
Joyeux sur la montagne. ^
» Les unes insinuent à l'amant ses ruses innocentes ; D'autres embellissent le sourire ingénu de la jeune fille , D'autres adoucissent le travail harassant du laboureur
Pour d'humbles gains, Et, par les scènes dont sa cabane est le théâtre, trompent
Ses soucis et ses peines.
» D'autres, bornées à l'espace d'un district, Explorent à fond la race naissante de l'Komme Pour découvrir la trace embryonique
Du barde rustique; Et notent soigneusement chaque grâce qui s'entr'ouvr©
Ck)mme guide et gardienne.
D Je suis de celles-là — Goïla est mon nom; Et je réclame comme à mol le district Où jadis les Gampbells, chefs renommés ,
Eurent le souverain pouvoir :
J'ai découvert l'embryon de ta flamme mélodieuse
A l'heure de ta naissance.
» Avec espoir dans l'atenlr j'ai souvent contemplé
Tendrement tes petits essais précoces,
Tes chants guerriers ^ la rude harmonie de ta phrasd
Aux rimes étranges, Inspirée aux lais simplet, SêBS aft,
Des autres temps,
» Je t'ai vu chercher la rive retentissante , Ravi du rugissement de la lame qui se brisait; Ou quand le ^ord poussait ses blancs troupeaux
A travers les cieux , J'ai vu que le pâle visage de la nature assombrie
Frappait tes jeunes yeux.
» Ou quand la terre, couverte d'un manteau vert-foncé, Chaude, protégeait la naissance de chaque petite fleur, Et que la joie et la musique se répandaient à Dots
Dans chaque bosquet , Je t'ai vu contempler la gaieté générale
Avec un amour sans bornes.
» Quand les champs mûris et les cieux d'azur Eveillaient les bruits confus de la moisson, Je t'ai vu quitter les plaisirs de la soirée
Et marcher solitaire.
Pour exhaler le gonflement de ton sein soulevé ,
Dans une promenade pensive.
» Quand l'Amour jeune, la joue en feu, plein de force. Passait sur tes nerfs tout frissonnants.
Ces accents agréables à ta langue.
Le nom adoré.
Je t'appris à les répandre en chants
Pour apaiser ta flamme.
» Je vis le mouvement désordonné de ton pouls,
Indocile, t' égarer sur les pas du Plaisir,
Abusé par le lumineux météore de l'Imagination,
Entraîné par la Passion ; Mais pourtant la lumière qui te détournait du droit chemin
Etait une lumière du ciel.
» J'enseignai à tes chants , qui peignent les mœurs,
Les amours, les manières des simples bergers,
Si bien que maintenant sur tous mes vastes domaines
Ta réputation s'étend.
Et que plusieurs, l'orgueil des plaines de Coïla,
Deviennent tes amis.
» Tu ne peux pas apprendre et je ne puis te montrer A peindre avec l'éclat des paysages de Thomson ; Ni à éveiller dans l'âme l'émotion poignante
Avec l'art de Shenstone ; Ni à verser avec Gray la lave attendrissante
Chaude sur le cœur.
POESIES DE BURNS. o7
» Mais, tout au-dessous de la rose incomparable, L'humble m^guerite ne fleurit pas sans charme ; Quoiqu'au loin le monarque de la forêt étende
L'ombre de ses bras, Cependant l'aubépine pleine de sève verdoie
Dans le vallon.
» Ne murmure donc ni ne te chagrine ; Tâche de briller dans ton humble sphère ; Et, crois-moi, ni mines du Potose,
Ni faveur de roi Ne peuvent donner un bonheur qui surpasse le tien,
Barde rustique.
» Pour donner mes conseils tous en un ,
Entretiens toujours soigneusement ta flamme mélodieuse;
Conserve la dignité de l'homme
D'une âme fière, Et compte que le Plan universel
Protégera tout.
» Et porte ceci, » dit-elle d'un ton solennel. Et elle attacha le Houx autour de ma tête :
Les feuilles polies et les graines rouges
Bruiront en se jouant ; Et, comme une pensée fugitive, elle dispanit
Dans un rayon de lumière.