CONTE
C'était dans cet endroit de l'Ecosse Qui porte le nom du vieux roi Coïl ', Par une belle journée de juin , Que , tuant le temps l'après-midi , Deux chiens qui ne frayaient pas au logis Se rencontrèrent une fois.
Le premier que je nommerai , on l'appelait César : Son Honneur le gardait par pur agrément ; Son poil , sa taille , sa gueule , ses oreilles Indiquaient que ce n'était point un chien d'Ecosse , Mais qu'il était né dans certain endroit bien éloigné , Où les marins vont pécher la morue.
Son beau collier de cuivre , à serrure et à inscription , Annonçait un gentleman et un lettré ; Mais , quoiqu'il fût de haut rang , Du diable s'il en avait pour cela plus de fierté ; Et il aurait passé une heure à se caresser Même avec le roquet d'une bohémienne chaudronnière. A l'église ou au marché , au moulin ou à la forge , Il n'était pas de chien si mal peigné Près de qui il ne s'arrêtât , enchanté de le voir, Et avec qui il ne pissât sur les pierres et les buttes.
L'autre était le chien d'un laboureur, Un rimeur, un bon vivant , Qui l'avait pour ami et camarade , Et dans sa fantaisie l'avait appelé Luath ,
1. Sous le titre un peu ambitieux de pohnes sont comprises , dans cette première partie, toutes les pièces de vers autres que les chansons.
2. Kyle ou Coïl , où naquit le poète, tire son nom de Co'ilus , roi dts Pietés.
POÉSIBS DE BURNS.
D'après certain chien * de la chanson des Hautes Terres , Qui fut faite il y a long-temps — Dieu sait combien.
C'était le chien le plus sagace et le plus fidèle Qui eût jamais sauté rigole ou fossé.
Sa face honnête, engageante , rayée de blanc , Lui procurait des amis en tout lieu. Son poitrail était blanc , son dos velu Etait couvert d'un bon habit d'un noir luisant ; Sa queue imposante , qui montait en boucle , Retombait en panache sur sa croupe.
Sans nul doute ils furent ravis l'un de l'autre , Très-intimes et familiers ensemble ;
D'un nez sociable ils se flairèrent et se sentirent quelque temps; Quelque temps ils déterrèrent les souris et les taupes ; Quelque temps ils firent ç à et là de longues excursions , £t se houspillèrent par passe-temps ] Jusqu'à ce que , las de s'amuser, Ils vinssent s'asseoir sur une butte , Et là commença une longue digression Sur les maîtres de la création.